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163 sevelis sous les ruines gothiques ; où l'industrie et le commerce étaient proscrits et regardés comme infâmes; o ù , enfin, les voyageurs timides avaient besoin , lorsqu'ils s'éloignaient de leurs foyers , d'un litre de sauvegarde qui les garantît, auprès du tyran voisin, de l'esclavage ou de la mort. Alors, au milieu de nos murs , quelques hommes généreux s'indignèrent et se réunirent. Long-temps assemblés en s e c r e t , ils prononcèrent le serment inviolable de sacrifier réciproque- ment leurs jours pour se défendre , et obtenir plus de b o n h e u r . Le roi de France n'avait sur Lyon qu'un faible droit de suzerai- neté ; aussitôt on députe pour lui demander protection et secours. L'orage se forme dans le silence; bientôt il éclate avec fracas. Dans tous les quartiers s'élève et brille l'étendard de l'indépen- dance : les habitans en armes osent se faire entendre ; les h o m - mes de corps , les soldats du clergé leur sont opposés : à chaque jour des victoires. Ici;, sur ce pont de p i e r r e , deux tours mena- çantes tombent sous les efforts des Lyonnais. L à , dans la rue Porte-Froc , un rempart est forcé et s'écroule : partout le choc de l'homme qui retrouve dans la liberté la moitié de son ame , contre celui que l'habitude de la servitude a énervé et avili : p a r - tout le mouvement du zèle , l'impétuosité du courage et les cris des citoyens vainqueurs. Philippe-le-Bel envoie des troupes ; mais , lorsqu'elles arrivent, tout est presque calmé ; et la ville , déjà plus heureuse, se donne librement à celui qu'elle a choisi pour son maître; elle ne lui demande, pour prix de son dévouement, que de lui être toujours fidèle , d'enrichir son état par son indus- trie , et de conserver le droit honorable de se défendre , et de garder le souverain lui-même lorsqu'il viendra dans ses murs jouir du spectacle intéressant d'un peuple tout à la fois pacifique et g u e r r i e r , laborieux et patriote, et du bonheur d'en être aimé. Cet événement remarquable eut alors pour le royaume celte influence que la révolution opérée de nos jours en Amérique d'après cette coutume que le point d'honneur a fait regarder ie bâton comme l'instrument de l'avilissement et de l'outrage , et le soufflet comme la plus forte des injures.