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gouvernement presque autonome, comme dans les colonies, et M. Ducarie, qui
semble admettre que l'Irlande est fatalement vouée à un état d'infériorité, à cause
de son sol peu productif, ce que nient M. Burelle et M. Devienne. Il est faux
de dire que le sol irlandais est infécond. Qu'on lui donne une bonne constitution
politique et économique, qu'on abolisse les majorats, qu'on vienne au secours
de cette île, et elle reprendra son rang dans le monde.
   Séance du 15 mars 1882. — M. Audibert, professeur à la Faculté de droit
de Lyon, a présenté dans cette séance une étude très approfondie sur les Cham-
bres syndicales de patrons et d'ouvriers. On sait combien de discussions se
sont élevées sur ce sujet plein d'actualité, aussi est-ce avec un vif intérêt que l'on
a écouté l'historique de cette question. Ce sont, en effet, les vieilles institutions
des jurandes et des corporations au moyen âge qui sont l'origine des chambres
syndicales. Aujourd'hui, de toutes parts, elles tendent à se créer et à vivre tant
bien que mal sous la tolérance administrative, en attendant qu'une loi vienne à
bref délai leur donner le droit d'exister au grand jour avec les avantages qu'on
ne saurait leur refuser sans injustice.
   Il semble qu'il est impossible que ceux qui exercent la même profession ne se
groupent, pas pour s'aider mutuellement et défendre les intérêts communs, lors-
qu'ils sont menacés. A l'origine, les jurandes et maîtrises eurent raison de naître
et d'exister, mais elles dépassèrent leur but, et ce fut acte de justice et de liberté,
lorsque la Révolution les fit disparaître, en proclamant la grande loi sociale et
économique de la liberté du travail.
   Cependant il est un fait certain aujourd'hui : on tend à la reconstitution
partiellede ces corporations. Faut-il la favoriser? Oui, dans une certaine mesure ;
ce sera le moyen d'aider puissamment la classe laborieuse, d'éviter bien des
grèves, d'émettre de bonnes idées. Mais hâtons-nous de porter la loi qui, en
reconnaissant les divers syndicats, les empêche de franchir les limites au delà
desquelles se trouvera, non plus la liberté féconde, mais bien le despotisme étroit
et l'exclusion systématique d'un âge passé sans retour.

   Séance du 28 mars 1882. — Le sujet traité pendant cette soirée ne se
rattachait qu'indirectement à l'économie politique. Néanmoins c'est avec plaisir
que tous les auditeurs ont entendu M. le docteur Gazeneuve traiter de la
Profession pharmaceutique. M. le rapporteur nous a présenté une vue d'en-
semble très intéressante sur la législation quelque peu surannée et très dracon-
niennequi régit la profession de pharmacien. On sait, en effet, que cette profession
est entourée d'obligations qui ne sont que très imparfaitement rachetées par
l'espèce de monopole de vente des produits pharmaceutiques que la loi attribue
aux apothicaires modernes. En effet, à l'heure actuelle, nous voyons partout que
les produits pharmaceutiques plus ou moins déguisés sont journellement mis en
vente par des industriels qui ne se rattachent en aucune façon à la Faculté.
Épiciers, droguistes, parfumeurs, limonadiers, herboristes, tous à l'envi offrent
aux clients des préparations qui, dans l'esprit primitif de la loi, ne devraient se
trouver que dans l'officine du pharmacien.