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E P I G R A P H I E LYONNAISE 319
l'intervalle existant entre le deuxième et le troisième, une partie d'un trait hori-
zontal dont tout le groupe était surmonté.
Il se présente naturellement à l'esprit que ces divers chiffres devaient appar-
tenir soit à des dates d'événements mémorables se rapportant à Auguste, soit
aux titres dont il était en possession au moment de la dédicace de l'autel. On "
apprend de Suétone (Claude, 2) que cette dédicace se serait faite le premier
août de l'année du consultât de Julius Antonius et de Fabius Africanus, c'est-à -
dire en 744, av. J.-C. 10 ; mais d'après Dion (54, 32), elle aurait eu lieu deux ans
plus tôt, en 742, av. J.-C. 12, sous le consultât de M. Messala etdeP. Quirinus.
A cette dernière époque, Auguste accomplissait sa XIIe puissance tribunieienne;
il avait été consul "Kl fois e„t salué imperator X fois ; en'744, il était dans sa
XIIIle puissance tribunieienne, avait été consul XI fois et imperator XII fois.
En complétant par x\\\\ le chiffre IlIIde nos deux derniers fragments, on pour-
rait le rapporter à la XI1II6 puissance tribunieienne ci-dessus mentionnée répon •
dant à la partie de l'année 744 dnns laquelle a été compris le premier août. En
le complétant par lœUll. on obtiendrait le nombre^ d'après Tacite (Ann., 3, 44)
et Ptolémée, des peuples des trois provinces de l'ancienne Gaule celtique qui
avaient concouru à l'érection de l'autel. Au contraire, en en faisant le nombre
rlIII, il rappellerait peut-être la date de la naissance d'Auguste, le VIIII des
calendes d'octobre (23 septembre): qua die cum saeculi félicitas orbi terrarum
rectorem edidit, comme s'exprime l'inscription de l'autel de Narbonne (Gruter,
229). Également par VIm pourrait se compléter, mais -avec tout autant d'incer-
titude, le chiffre VI... de notre quatrième fragment.
Il y a peu de temps oncore, on voyait dans un des recoins les plus cachés du
musée ces six fragments réunis en un groupe désordonné qui a été reproduit eu
fac-similé dans le livre de M. de Boissieu (p. 468). Avec raison ils viennent
d'être rapprochés des autres restes de l'autel et disposés dans un ordre meilleur,
différent toutefois de celui ci-dessus présenté en ce que les deux derniers sont
transposés et joints à tort au quatrième.
Découverts au même endroit que ces autres restes; provenant de plaques
pareilles, du même marbre, des mêmes dimensions extraordinaires et de la même
extraordinaire épaisseur ; offrant en commun avec eux cette particularité remar-
quable que leur surface n'a jamais été polie et conserve encore d'une manière
très visible les traces multipliées du piquage de l'outil qui a servi à les tailler,
ils ont certainement appartenu tous au même monument, c-'est-à -dire, selon toute
vraisemblance, au soubassement de l'autel de Rome et d'Auguste.
11 est aisé de comprendre que la succincte inscription Romae et Augusio ne
pouvait pas être suffisante, et que nécessairement a dû lui être adjointe une autre
inscription plus étendue et plus explicative. Strabon (p. 192) parle, en effet, do.
deux inscriptions; l'une sur laquelle se lisaient le noms des soixante peuples dont
on voyait auprès les statues, et une autre qu'il appelle « la plus grande ». Outre
les noms de ces peuples qui, au nombre de soixante ou soixante-quatre, avaient
élevé à frais communs l'autel du confluent de la Saône et du Rhône, on devait