Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
268                  LA REVUE LYONNAISE
de cette étude rapide, d'apprécier les idées et le style de cet élève
d'Ingres et d'Hippolyte Flandrin, plébéien presque rustique, modé-
rément instruit, catholique fervent, libéral convaincu, qui parais -
sait ne devoir vivre que pour la religion et l'art et qui a vécu si
peu. C'est son éditeur seul qui nous occupe et nous le louerons
sans réserve pour la manière ingénieuse dont il a relié entre
elles les confidences, les impressions, les aspirations juvéniles
d'un ami bien cher. D'un ton visiblement ému et cependant sans
exagération, en consultant sa mémoire ou plutôt son cœur, il a
raconté l'existence trop courte de cet artiste d'avenir auquel l'avenir
a manqué.
   Nizier l'avait rencontré dans l'atelier des Lacuria, disciples eux-
mêmes d'Ingres et d'Orsel : il admira la régularité de ses traits,
les qualités de son intelligence plus belle encore, son assiduité au
travail, et il s'attacha étroitement à lui. Il fut initié au secret de
ses précoces et innocentes amours, de ses espérances artistiques,
de toutes ses pensées; aussi nous donne-t-il sur lui et sur ses
autres camarades d'école les détails les plus intéressants. Il le suit
dans ses accès de mysticisme, dans ses,crises de santé ou de senti-
ment, dans ses excursions à Paris ou à travers le Vivarais, le
Dauphinè et la Provence, dans ses courses de charité moins loin-
taines mais plus fructueuses. Il rappelle l'enthousiasme dont Pagnon
fut rempli, quand l'abbé Lacordaire, devenu dominicain, vint
prêcher à Lyon une station de carême, au point que le jeune artiste
lui-même se fit pour la localité le fondateur et le prieur d'un tiers-
ordre de Saint-Dominique qui se maintint pendant trois années.
Au milieu de ses travaux de peinture, qu'il exécutait, à un étage
infiniment élevé de la rue de Castries, il fut gravement atteint par
la maladie. Vainement il chercha la distraction ou le repos à la
campagne; il s'éteignit peu à peu, consumé par la phtisie, et, au
mois de janvier 1848, il rendit à Dieu sa belle âme, qui n'avait
jamais cessé de croire en lui et de l'invoquer. C'est là un récit,
bien touchant dans sa simplicité et qui justifie pleinement ces
paroles flatteuses de M. de Laprade: « Habile architecte, à qui nous
 devons plusieurs constructions religieuses fort remarquables, (l'édi-
teur de ce livre) élève ici, de sa plume, un temple à l'amitié, austère
 et gracieux à la fois; ce monument durera, nous l'espérons. »