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UN HUMORISTE LYONNAIS 259
modérée : pour lui, Lacord.aire représente l'un et Lamartine person-
nifie l'autre. On se rappelle ce que l'une et l'autre sont devenus.
Quand on chercha à ébranler sur son piédeslal le cheval de
bronze de la place Bellecour, quand les gens à idées avancées se
mirent à fouiller les maisons, à piller les caisses d'armes, à s'em-
parer des canons, à arrêter toute personne suspecte, les naïfs
(j'entends .par là les honnêtes) pouvaient déjà réfléchir. Nizier
s'avisa alors de participer à la fondation d'une feuille intermit-
tente, d'allures politico-évangéliques, appelée d'abord le Vingt-
Quatre Février et ensuite le Réformateur. ,K vingt et un ans,
quelles réformes ne rêve-t-on pas et en est-il, à cet âge, qu'on
juge impossibles ? Le capital socialdel'entreprise se montait environ
à soixante-cinq francs : cela lui permit de vivoter quelques heures.
M. du Puitspelu et ses amis se consolèrent en oïlvrant le Club
national, où l'on faisait du socialisme en chambre, mais qui ne
larda pas non plus à se fermer. Il collabora bientôt à la Liberté,
qui profita.de l'occasion pour disparaître, puis du Censeur, qui fut
suspendu ; c'était à croire à une véritable jettatura, à dégoûter
des affaires publiques, à renoncer à la régénération de l'espèce
humaine. Notre jeune homme entra donc chez l'architecte Savoye,
celui qui perça la rue Centrale, œuvre des plus hardies pour
l'époque. Il y pâlit sur des plans et des épures, tout en gardant un
coin de son esprit pour la littérature et la fantaisie. Un de ses
anciens camarades, Frédéric Morin, le radical mystique, lui
demanda des articles pour Y Impartial de la Meurthe ; dans la
Reçue du Lyonnais, il traduisit des vers ou des contes anglais,
suédois, américains. En 1851, il visita Paris, y assista aux séances
de l'Assemblée nationale^ y connut Arnaud (de l'Ariège), Bûchez,
Louis Jourdan, Philibert Audebrand, Coquille; le coup d'Etat le
ramena à ses travaux professionnels. Il prit part, plusieurs fois et
avec succès, à des concours artistiques; il fut, en 1852, commis
chez M. Louvier; on l'attacha, en 1854, au service d'architecture
de l'Hôtel de Ville, aux appointements de 1,425 francs (retenue
prélevée) et il eut l'honneur de coopérer pour sa part à la con-
struction de la rue Impériale (ou de Lyon, ou de la République) : ce
n'est qu'en 1858 qu'il devint son maître et qu'il se livra, en qualité
d'architecte, Ã des labeurs absolument personnels.