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                      LE ROMAN NATURALISTE                       145
    Elle repose sur un principe et une méthode.
    Le principe, c'est le déterminisme des phénomènes moraux.
    La méthode, c'est l'observation corroborée par l'expérience.
    Le principe est-il exact? La méthode est-elle bonne et surtout
praticable en l'espèce ?
    Et d'abord, parlons du principe. De ce qu'on pourrait considérer
 comme démontré que les phénomènes physiologiques sont aussi
déterminés que les phénomènes physiques et chimiques, serait-il
permis, de conclure qu'il en est de même des phénomènes moraux ?
    Si,à cette question, on ne peut pas répondre oui en toute sûreté,
la méthode s'écroule avec le principe. Aussi M. Zola aurait-il
 bien fait avant d'aller plus loin, de remplacer ici son affirmation
par une démonstration en règle. Car il ne suffit pas de lancer cet
aphorisme : « Le même déterminisme régit la pierre des chemins et
le cerveau de l'homme; » il faut encore prouver ce qu'on avance,
et même expliquer au juste ce qu'on veut dire.
    Si on entend simplement par là que, dans l'ordre intellectuel et
moral, comme dans l'ordre physique les mêmes causes .produisent
toujours les mêmes effets, j'admets volontiers la proposition ; mais
si l'on veut dire que l'on peut déterminer et connaître les causes
dans l'un comme dans l'autre cas, je la repousse énergiquement.
    Je m'explique.
    Dans les phénomènes physiques et chimiques il n'y a qu'une seule •
espèce de causes : les influences des corps les uns sur les autres.
    Dans les phénomènes moraux, il y en a deux : les influences
extérieures et l'activité propre des individus.
    Or, de deux choses l'une :
    Ou bien l'activité propre de l'individu est indépendante, dans
une certaine mesure au moins, des influences extérieures, et alors
il y aura toujours dans ce problème à résoudre qui est la recherche
des causes du phénomène, une inconnue qui se dérobera. On ne
pourra établir tout au plus qu'un calcul de probabilités.
    Ou bien cette activité est déterminée d'une façon absolue par
ces influences (c'est ce que paraît croire M. Zola), et alors il n'y a
plus de liberté. Nous examinerons tout à l'heure les conséquences
de cette hypothèse.
   Il y a donc loin entre reconnaître, par exemple,' l'influence de
     FÉVRIER 1882 — T. I I I .                             10