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                           LA CREMATION                             113
conservèrent également l'ancienne coutume et maintinrent chez elles
comme un privilège l'usage de l'inhumation : dans la race Corne-
lia, le dictateur Sylla est le premier dont on ait brûlé le corps.
   La bière dans laquelle on déposait le cadavre était en pierre ou
en terre cuite; un appui était disposé pour recevoir la.tête, et une
ouverture ménagée pour verser des parfums. Parfois aussi le cer-
cueil était fait d'une pierre très calcaire qui consumait rapidement
les chairs : c'était alors à proprement parler un sarcophage.
   A l'époque où l'on prit l'habitude de brûler les corps, on garda,
dans certaines cérémonies qui accompagnaient la crémation, un
 souvenir de l'inhumation : avant de se retirer, les assistants jetaient
un peu de terre sur les cendres du bûcher, comme aujourd'hui
dans quelques pays on jette de'la terre sur le cercueil avant de
quitter le cimetière.
   Le bûcher était fait le plus souvent de bois brut, formant une
masse carrée : le corps y était déposé sur un lit funéraire, et après
que le tout avait été consumé, la famille retirait des cendres en-
core fumantes les débris d'os non entièrement calcinés. La céré-
 monie avait lieu, soit devant le tombeau, soit dans un terrain
public spécialement consacré à cet usage et qui portait le nom
à'ustrinum. Il existait sur la voie Appienne, à cinq milles de
Rome, une de ces grandes places à brûler ;• elle était entourée de
deux côtés par un mur élevé, construit avec des pierres d'un grès
rougeâtre, et pavée de dalles de cette même roche qui résiste par-
ticulièrement au feu ; tout autour se trouvaient des portiques des-
tinés à abriter les personnes du cortège ; dans le fond, les apparte-
ments des gardiens et les magasins de bois et d'ustensiles.
   Quand les cendres et les débris d'os recueillis n'étaient point
déposés dans une tombe spéciale, on les mettait dans des jarres de
terre, et celles -ci étaient placées debout, le plus souvent enterrées
jusqu'au cou dans des niches Ou columbaria, ménagées dans les
murs d'une vaste salle souterraine. Chacune de ces niches recevait
deux urnes, comme deux pigeons dans leur nid, disaient les poètes
latins, expliquant ainsi l'étymologie du mot columbaria.
   Pour les esclaves et les malheureux qui ne pouvaient faire la dé-
pense d'une tombe particulière ou d'un bûcher, c'est-à-dire pour la
grande majorité des habitants de Rome, on employait l'inhumation.
     FÉVRIER 1882. — T. III.                                   8