page suivante »
226 LA REVUE LYONNAISE attendris, il ne peut nous être défendu, à nous, humbles et discrets chroniqueurs, d'honorer d'un mot les éminentes, les rares qualités de l'homme privé, et de nous incliner profondément devant le carac- tère le plus droit, le plus ferme, le plus élevé, le plus sincère qu'au milieu de ses faiblesses notre siècle, si fertile en apostasies, ait connu. Nous ne pouvons taire, avec l'Église, la vénération que nous inspire ce vaillant serviteur de la foi chrétienne, et, avec le pays, le respectueux attachement qu'éveillera, jusque dans les futures générations, la mémoire de ce fils dévoué, de cet amant passionné de la patrie. C'était le Français par excellence : il avait le courage, l'esprit, l'intelligence, la franchise, la générosité, la bonté rayonnante, la grâce, l'aménité, la bonne humeur et la noble attitude de ses meilleurs ancêtres ; il possédait les dons les plus brillants et les plus enviés de notre nation, ceux-là mêmes dont on semble se désaccoutumer aujourd'hui chez nous, quoiqu'on ne puisse les nommer à l'étranger qu'en langue française. A la loyauté la plus pure : cette devise inscrite sur l'un des ordres royaux qu'a peut-être portés son cercueil, personne ne la justifiait ni ne la méri- tait mieux que Monsieur le Comte de Chambord. Mais ce qui le dis- tinguait par-dessus tout et entre tous, c'était, avec sa religion de l'honneur, son culte filial pour la France. Plus elle a souffert, plus elle a été humilié, meurtrie, et plus ardemment il l'a aimée, plus sa foi dans l'énergie et les destinées de la nation est demeurée indomptable ; s'il n'a pu répandre son sang pour elle, il lui a, du moins, donné sa dernière pensée avec son dernier soupir. Louis XIV, expirant après soixante-quinze ans de règne, n'avait, dit-on, rien perdu de sa majesté sur son lit de mort. Frohsdorf vient de nous offrir un spectacle peut-être plus imposant qu'autrefois Versailles, et, pour n'avoir point porté le sceptre comme son aïeul, pour n'avoir ni trône, ni palais, ni armées, ni trésor, ni courtisans, ni pourpre, ni lauriers, ni statues, à cette heure suprême qui pour la créature humaine clôt le temps et ouvre l'éternité, le petit-fils n'a pas, certes, aux yeux de l'Europe attentive, émue, paru moins grand que celui-ci. LA DIRECTION.