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                         BENOIT PONGET                              111

indemnité (354 363 francs) à la compagnie par la ville, sauf à
celle-ci, à la recouvrer, à ses périls et risques, auprès des pro-
priétaires.
  L'affaire delà rue de Bourbon ayant sans doute pris fin sur ces
entrefaites, la ville n'entama aucune démarche, et les propriétaires
des maisons du côté orient de l'ancienne rue de la Belle-Cordière,
devenue rue Impériale, réalisèrent, du fait de cette plus-value, de
véritables fortunes.


   Ne pouvant pas se faire payer de plus-value, ne pouvant dépos-
séder les propriétaires entamés, obligés de livrer à la ville,
moyennant 525 et 500 francs, des terrains qui leur coûtaient beau-
coup plus cher, on va se demander comment firent les expropriants
pour se tirer d'affaire, surtout s'ils rencontrèrent souvent des cir-
constances comme la maison de tout à l'heure? Le côté remar-
quable de leur spéculation, c'est que précisément ils avaient compté
avec raison sur l'esprit naturellement craintif, ennemi de l'innova
lion des Lyonnais. Gomme presque tous les propriétaires entamés
étaient parfaitement convaincus que l'entreprise était mauvaise,
absurde, vouée à l'insuccès, ils n'osèrent pas courir le risque de
rebâtir pour leur compte. Ou bien il vendirent, ou bien ils usèrent
du droit à eux donné par la loi (art. 50), de requérir l'acquisition en
entier des immeubles entamés.



   Les propriétaires étaient si défiants que l'un d'eux, M. B., pos-
sesseur d'une maison place de la Préfecture, qu'habita longtemps
le docteur Emery, ne consentit à rebâtir sa façade qu'à la condition
que, pendant un laps de temps considérable, quinze ans, je crois,
Poiicet et Savoye seraient ses locataires généraux et lui payeraient
un loyer égal au revenu ancien, augmenté de l'intérêt des sommes
par lui dépensées pour rebâtir. Bien entendu que Poncet et Savoye
acceptèrent et réalisèrent de magnifiques bénéfices. Savoye me
racontait plaisamment que le jour qu'il fallut renoncera ce revenu
annuel auquel il s'était paisiblement accoutumé, il était morose,
regrettant de ne pas avoir conclu le bail pour toute l'éternité.