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Seuls aussi ils étaient à l'abri du terrible fléau de cette plaine : le Rhône. A
chaque crue, il l'inonde et la ravage. Le nombre des inondations qui ont
couvert la plaine et que nous ont conservé les chroniques est considérable.
 On nous en signale dès 580 de notre ère. Il y en a une demi-douzaine de
fort importantes par siècle. Celles du xixe siècle sont assez rapprochées de
nous pour que le souvenir de leurs ravages soit encore vivace : on cite sur-
tout celles de 1801,1812,1825,1840,1856.
      Un pareil emplacement était bien peu tentant pour l'homme et c'est
cependant là que, par une sorte de paradoxe géographique, prit naissance la
 Guillotière. Le fait qui y attira les populations, qui y fixa l'origine, le
 noyau, puis le cœur pour ainsi dire de notre quartier, fut la construction
 d'un pont sur le Rhône.
      Il y eut probablement de très bonne heure un passage sur le Rhône dans
 ces parages, dès que le besoin d'échange, de commerce se fit sentir. Mais le
 premier pont dont on puisse affirmer avec certitude l'existence, fut cons-
 truit par les Romains, un peu en aval du pont actuel, au droit de la rue
 Sainte-Hélène (1). Il servait à assurer les communications du Fourvière
 romain avec les Allobroges, la Transalpine, c'est-à-dire la plaine du Pô, et le
 Midi. Il avait donc une grande importance. Remarquons qu'il ne fut pas
établi au hasard. Un seul endroit était favorable : le point resserré et un peu
 surélevé de la plaine entre l'éperon de la terrasse et le Rhône. Sitôt le pont
franchi, la route avait à traverser un très court espace en bas-fonds maréca-
geux, elle atteignait rapidement l'éperon, montait sur la terrasse et se diri-
geait de là vers les divers points de l'horizon : Vienne, Grenoble et les pays
alpins à l'est. Ces nécessités topographiques étaient si impérieuses que,
lorsque le pont romain fut détruit, c'est à peu près au même endroit qu'on
le reconstruisit en bois au début du moyen âge. Il s'écroula en 1190 au
passage des rois de France et d'Angleterre, Philippe-Auguste et Richard
 Cœur de Lion, se rendant en Terre-Sainte (2). Il fut probablement réparé,
mais il fallut attendre le milieu du xm e siècle pour retrouver un pont de

    (1) Les avis diffèrent un peu à ce sujet sur l'emplacement exact mais non sur la zone où était établi le
passage : les abords de l'éperon.
     (3) Pour l'histoire du pont du Rhône, v. Vermorel, Histoire et statistique des voies publiques,p. 991-1158
(Arch. mun., ms) et M. C. Guigue, Recherches sur Notre-Dame de Lyon, Lyon, 1876.