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 de nombreux mois, l'autorité des basileis n'existait que de nom. Trois
 raisons, surtout, devaient lui enlever tout scrupule : le peuple, accablé
 d'impôts, était prêt à secouer le joug d'Andronic ; les contingents byzan-
 tins de son armée étaient formés de soldats éprouvés et tout dévoués à sa
 fortune ; enfin, il disposait d'innombrables troupes turques, habituées à
 servir, ignorant ce qu'on appelle trahir, et prêtes, sur un signe de lui, à
 marcher contre qui leur serait désigné.
      Ces raisonnements rendaient Philanthropène perplexe. Toutefois,
 voulant se rendre compte si ses soldats étaient réellement décidés à le
 soutenir, il les réunit, et leur tint un discours habile, où, après avoir protesté
 de son affection pour eux, il attaquait violemment Andronic II, qui leur
 refusait leur modique solde et n'avaient pour eux que haine et méfiance.
 Or, s'il les traitait ainsi, quand ils étaient vainqueurs, que ne ferait-il, si
 jamais ils étaient vaincus ?
      Ce discours souleva des applaudissements unanimes, et, pressé de se
 proclamer empereur, Philanthropène accepta. « Ainsi, dit Grégoras, ceux
 qui n'ont jamais commis de faute se laissent surprendre à la première atta-
 que, à la différence de ceux qui, déjà attaqués, prévoient et attendent l'as-
 saut de pied ferme ».J Cependant Philanthropène refusa de revêtir les insi-
gnes impériaux ; mais il se conduisit aussitôt en souverain indépendant. Il
remplaça les garnisons douteuses par d'autres formées de troupes à sa
dévotion. Puis il interdit d'acclamer les deux Basileis, et ordonna aux mo-
nastères situés sur son gouvernement de substituer, dans les prières publi-
ques, son propre nom à ceux d'Andronic et de Michel. Il pilla, au dire de
Pachymère, bon nombre de cloîtres et partagea leurs richesses entre ses
soldats. Puis il commença les hostilités. Il arrêta le frère d'Andronic II,
Théodore, qui, depuis la disgrâce de son frère Constantin, vivait en simple
particulier dans ses terres. Il l'enferma dans la forteresse d'Ephèse. Il ne
craindrait plus ainsi de le voir, comme frère de l'empereur, lui barrer
l'accès au trône.
      Restait Livadaire, le seul adversaire redoutable. Philanthropène réso-
lut de l'attaquer, sans plus tarder. Il pensait, du reste, en triompher,

   i. N. Grég., VI, 8.