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d'Allemagne et d'Italie. Ces idées que plus tard les maîtres de la Réforme
essayeront de réunir sous la forme de ces multiples confessions, elles exis-
tent déjà,plus ou moins conscientes dans bien des âmes. Ceux même qui,plus
tard, les repousseront quand ils en comprendront mieux les conséquences,
les épousent d'abord parce qu'elles sont encore un peu floues, et qu'elles
se donnent comme une réaction contre des désordres précis dans les mœurs
ou contre de lamentables et trop réelles déformations de la véritable doc-
trine catholique. D'où la nécessité pour l'historien, en face de chaque cas,
d'essayer, souvent avec des documents rares et incomplets, de deviner
l'évolution qui a eu lieu dans l'esprit de son sujet. Quand on examine, par
exemple, les ouvrages de Rabelais, dont la publication reste une des gloires
de nos vieux maîtres imprimeurs, force reste d'avouer que la foi religieuse
de leur auteur serait bien difficile à préciser. Est-ce un parfait sceptique qui
rit de tout et ne croit à rien ? Est-ce un réformateur haineux qui voile sous
l'ironie ses critiques acerbes? Est-ce simplement un chrétien tiède qui,
ayant établi une sorte de cloison étanche entre la foi qu'il a encore et son
esprit, obéit simplement au désir d'écrire sur un thème emprunté au
moyen âge une vaste bouffonnerie dans laquelle il fait montre de ses rares
qualités d'humaniste ? Qui le décidera, avec des arguments qui ne laissent
plus aucune place à la critique ? Ce problème, c'est au fond celui de l'accueil
fait par nos humanistes aux idées venues de Genève et des bords du Rhin3
de même que discutent les bibliophiles sur ce qu'ont de « spécifiquement »
lyonnais nos premiers incunables ornés de si curieuses gravures sur bois. Il
y a une période où il demeure à peu près impossible de classer les esprits
dans des « cadres » qui n'avaient point encore la rigidité qu'ils affecteront
plus tard.
      L'histoire des origines du protestantisme lyonnais n'est point partie
 intégrante de notre sujet, mais les idées qui y donnèrent naissance influen-
 cèrent profondément ceux qui restèrent sincèrement catholiques. Les
 problèmes religieux se posèrent d'une manière toute nouvelle et la méthode
 pour les résoudre sera bien différente de celle en usage chez les maîtres du
 moyen âge. On en pourra juger en parcourant par exemple les ouvrages
 d'Erasme qu'éditait alors notre Sébastien Gryphe. Peu à peu les événe-
 ments politiques, la Ligue surtout, se chargèrent de séparer le bon grain de