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TENTATION 377 femme seule, Virgine n'entend rien. Elle n'a point vu venir la nuit envahissante et n'a pas allumé \ccreu%ie pour vaquer aux soins du ménage. L'esprit perdu dans un songe, les yeux obstinément fixés sur l'âtre rougeoyant, elle demeure là , silencieuse, comme fascinée par la menaçante caresse des flammes, qui, lente- ment, avec une rage acharnée et des plaintes tristes, rongent et consument une noueuse souche de hêtre. Car, s'il fait noir en son logis, il fait autrement sombre encore dans la pauvre tête de Virgine !. . . Des pensées- mauvaises, tenaillantes et dévorantes comme les flammes qui sifflent dans la cheminée, depuis quelques jours, sans répit, s'attaquent à sa conscience, minent sa foi robuste. Sa vertu résistera-t-elle à cette implacable morsure, aussi longtemps qu'au brasier destructeur, ce tronc rugueux, si lent à se consumer? — Pourquoi donc cette profonde songerie et d'aussi tristes pensers ? — Pourquoi cette hâte fébrile qui agite ses deux mains nerveuses et sèches, travaillant machinalement, tandis que l'esprit de notre paysanne vagabonde au loin? Toujours la même histoire , ne la devinez-vous pas? — Celle qui survient infailliblement, un jour ou l'autre, à toute femme jeune et jolie, dont le cœur n'est point pris ! . . . — Pendant que le mari, ce brave Claude, est allé à la foire, il est venu aujourd'hui, Lui. . ., le tentateur, plus pressant que jamais, car il a toutes les audaces.. . Ah ! certes, Virgine, tout à l'heure, n'a pas mieux écouté qu'auparavant les sornettes du galantin. C'est qu'elle est foncièrement honnête, notre brave petite paysanne au cœur d'or ! Et, si Lisou a cru le moment venu Elle a bien su le détromper. D'un regard courroucé, tranchant comme une lame, elle