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378                      TENTATION

lui a cloué aux lèvres les doux serments d'amour, brisant
là d'un ton sec, lui ôtant bien vite toute velléité de lui
manquer de respect. Et, quand ils se sont quittés, après
avoir causé quelques instants ensemble, en bons camarades,
de choses et d'autres, l'homme est parti, non en triompha-
teur, mais en vaincu repentant et soumis, la saluant bien
bas.
    Cependant, malgré les apparences, Lisou a peut-être
raison de croire que cette heure-là, l'heure de la défaite,
sonnera bien à son temps ! — Avec de la patience, on vient
à bout de tout; la goutte d'eau ne ronge-t-elle pas la
pierre !. . .
    S'il n'a osé aujourd'hui lui redire des mots passionnés,
s'il n'a pu, suppliant, se jeter à ses pieds et lui clamer sa
tendresse; elle a lu pourtant clairement toute l'horrible
vérité dans ses grands yeux de braise, fascinateurs et mena-
çants, qu'elle sent encore dardés sur elle, la brûlant toujours
jusqu'aux moelles comme un fer rouge ! Ce regard domp-
teur, pesant, qui la fouille jusqu'au fond de l'âme, elle ne
pourra l'éviter; cet homme sera son maître, elle le sent,
elle le sait ! La pauvrette aura beau faire, un jour viendra,
elle sera prise au filet.
   Certes, la lutte sera chaude. Virgine ne succombera pas
sans se débattre, et, c'est une proie saignante, à bout de
forces, une victime inanimée, que le vautour emportera.
   Aussi, le hait-elle, cet homme, de toutes ses forces d'hon-
nête femme, d'épouse fidèle ; ou plutôt, elle hait, en lui,
le mensonge, le parjure, la trahison qu'il lui fera commettre.
Mais, hélas! inconsciente, et obéissant à une volonté
irrésistible, elle l'aime aussi, follement, ce misérable « gre-
nouilleux », de tout son cœur vierge d'amour, avide de
sensations inconnues, avec son esprit épris de nouveauté !