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                           PIERRE DUPONT                             379

la huche du pain de l'aumône ; il se rêve roi pour distribuer des lar-
gesses à tous les gueux de son empire :

                         C'est le rêve qu'il a rivé.


    Mais ce qu'il refuse d'accepter, c'est l'anathème qui fait du travail
une loi de colère et de malédiction. Il encourage un par un tous les
métiers. Il anoblit toutes les tâches qu'accomplit l'homme, aux villes
comme aux champs. Sa muse visite la grange et l'atelier. Elle montre
au forgeron les rougeurs féeriques de l'incendie qui l'environne, elle
chante à l'oreille du soldat pour rythmer l'étape, elle siffle avec le
maçon sur son échelle, elle montre au bûcheron les nids qui s'envolent
à chaque coup de la cognée, elle berce le pêcheur sur la mer, et, pour
égayer le laboureur, elle pose sur les cornes noires de ses bêtes la gen-
tillesse de l'oiseau. Pierre Dupont, pour tous ceux qui peinent, est le
donneur de bonnes réponses. On trace plus droit et l'on creuse plus
profond dans les sillons où passe sa chanson.
    Nul n'a sanctifié la femme avec plus de chaste passion. Il se sait
fils de la race qui donne les mères héroïques et les vaillantes
épouses. Son oeuvre n'est qu'un long épithalame à la gloire des
femmes de notre pays. Sa brune, sa blonde et sa châtaine, aussi belles
que des nymphes de Théocrite, ont sur leurs soeurs antiques cet avan-
tage qu'elles sont de notre chair et de notre sang. Chacun de nous peut
mettre sur leur front, couronné de feuillages, un nom de sœur ou de
fiancée. Quand il a neigé sur l'or et la soie de leurs cheveux, quand la
vieillesse les courbe au coin de l'àtre, le poète leur rend en grâce
spirituelle et en noblesse morale l'équivalent du charme perdu. Il
s'incline devant la majesté de la femme vieillie, il exalte la sainteté de
l'aïeule comme si son cœur contenait à la fois les cœurs de tous les
fils, Jeannette, en devenant la mère Jeanne, semble n'avoir fait que
changer de beauté.
    Nous l'aimons enfin, celui-là, parce qu'il fut de chez nous ! .

                           Gardons le sang,
                           Gardons la race !


 Il n'a jamais bu, ce franc buveur, que le vin des coteaux de la patrie.
On s'est demandé d'où pouvait venir ce génie, si libre et si spontané,