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CHANSONS SATIRIQUES 97 quand défaillaient aux mains les épées, la bonne nourrice de notre originelle- gaieté dont le lait coulait aux rouges mamelles de la vigne, la vengeresse de nos revers et la revendicatrice de nos droits, la chanson libertaire montant des poitrines de la foule vers les aurores libératrices, celle qui console le peuple opprimé et salue les temps nouveaux ! » Lyon eut, comme Paris, ses chansonniers, ses poètes tour à tour satiriques ou lyriques. Sous la Ligue, Pillehotte, l'imprimeur patenté des Ligueurs, inondait Lyon de pamphlets commandés aux plumes les plus acérées. Plus près de nous, Lyon eut son Béranger, celui qui va nous occuper dans cette simple étude, Paul-François Castellan, qui cingla, avec tant de verve, les travers de la Restauration. En 1848, les chansons de Pierre Gras firent fureur à Lyon ; et Béranger ne craignait pas d'écrire au chansonnier populaire : « J'ai été garçon d'auberge, et, si j'avais su faire les sauces aussi bien que vous tournez les couplets, ma bonne tante ne m'eût pas grondé si souvent; mais, hélas, je n'ai jamais même su faire cuire des œufs à la coque. Aussi la pauvre et digne femme, qui vit encore, grâce au ciel, dit-elle quelque- fois que je n'étais bon à rien qu'à faire un homme de lettres. » On ne saurait tourner avec plus de bonhomie un compliment bien mérité. Pierre Gras habitait à Lyon, rue Malesherbes, n° 14. Après lui vient Pierre Dupont le chantre de la nature, des paysans et des carriers. Son frère est mort, il y a un mois à peine. Il n'assistera pas à l'apothéose que préparent à notre grand chansonnier lyonnais les amis du Caveau et de la Chanson Française.