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i6                      L'ÉCOLE LYONNAISE

«     bien est joint, mais son platonisme était rude, violent et
«     un peu frénétique. Et il le traduisait dans un langage
«     tranchant et dur qui, au lieu de faire penser au divin so-
ft   phiste d'Athènes, ne rappelait que Jean Calvin. N'écri-
«     vait-il pas à Victor de Laprade : « On ne fait pas de vers ;
«     en réalité ils reposent de toute éternité sous l'œil de
«    Dieu dans l'urne de l'absolu. Le grand poète est celui
«     qui a la main heureuse et qui rencontre les bons; il serait
«     impossible à nous de les refaire ( i ) . » S'il est vrai que
«    Platon a pensé de la sorte, ou peu s'en faut, il n'a jamais
«    prêché en des termes pareils. Un sourire errait sur sa
«    phrase, je ne sais quoi d'harmonieux 'qui empêchait le
«    cœur des poètes de se donner à ce fatalisme attristant et
«    trop immobile, mais le Lyonnais, qui sait rire et qui
«    excelle à penser le plus subtilement du monde, ne sourit
«    pas souvent.
     « Barthélémy Tisseur périt en 1843, d'une mort misé-
«    rable où l'on peut voir la main d'une sorte de Némésis.
«    Parce qu'il avait subi avec un fol amour, outre l'ivresse
«    de Platon, le trouble enchantement que versait Hegel
«    aux barbares, il lui arriva de tomber dans les eaux du lac
«    de Neufchâtel une nuit qu'il cherchait sa route au milieu
«    du brouillard. Mais cette mort parut comme un dernier
«    hommage à la brume mystérieuse qui ceint les toits, les
«    îles et les collines de Lyon. Les poètes chantèrent ce
«    trépas symbolique et ils se groupèrent, dès lors, autour
«    de Jean Tisseur et de Clair, son frère puîné. Alexandre



  (1) M. Maurras n'a pas pris garde que cette idée, présentée en
manière de plaisanterie, n'est point de Barthélémy, mais d'nn de ses
camarades à l'école de droit.