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8 L'ÉCOLE LYONNAISE Dans le grand cirque, un être enfariné, bizarre, Descend. Il est couvert de chiffres flamboyants, Rouges, verts, noirs et d'or; des grelots frétillants A son coude, à son pied, tintent sous la fanfare. Il se tord, disloqué. Tel un bourreau barbare Avec art géhennait le corps des patients. — Mais soudain, bouche en cœur et les yeux souriants, Il bondit en un saut dont le péril effare. Or le poète a pris le costume à paillettes, Le grelot du vocable et l'or des épithètes; Tordu, sur son Parnasse il attend : Plaudite! Le peuple, en admirant la souplesse du mime, Est pourtant inquiet : « Franchira-t-il la rime? » Mais le cœur plus à l'aise : « Enfin, il a sauté! » M. Maurras-n'a donc pas pris garde non plus au chapitre qui, dans les Modestes observations, concerne les Parnassiens et leurs « petits hommes d'ivoire » ? Mais il faut s'arrêter. Insister davantage serait ce que nos pères, dans leur langage gaulois, appelaient proprement « dépuceler les nourrices ». On croit bien aussi que M. Maurras a fait erreur lorsqu'il a pensé que l'influence germanique a sa part dans l'esprit lyonnais. Personne plus coi ne se trouvera, par exemple, que Clair Tisseur lorsqu'il apprendra, dans une phrase d'ailleurs fort agréablement tournée, « qu'il est plus attentif encore que ses frères et Laprade lui-même à puiser et à boire tout le germanisme que peuvent lui rouler les ondes du Rhône. » Ceux qui le connaissent le voient, à l'audition de ceci, dans la posture de Guignol lisant la lettre où Made- lon lui écrit « qu'il est plein d'outrecuidance. » — « Plein d'huîtres qui dansent, lui crie Gnafron ! Fallait le dire alors;