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    CHRONIQUE THÉÂTRALE

                     Grand-Théâtre

 AUBER ET SON Å’UVRE, LA MUETTE DE PORTICI



   Parmi nos grands compositeurs modernes, Auber est
celui qui a eu le plus à souffrir de l'action dissolvante du
temps. Après l'apaisement des années et la mort du maître,
voilà que toutes ces œuvres, auxquelles les contemporains
promettaient une durée sans limites, se décolorent et s'effa-
cent ; attendez encore un peu ? il n'en restera peut-être
plus rien. Ses admirateurs crient au scandale, accusent la
postérité d'ingratitude, et estiment que la sentence n'est pas
définitive, et qu'un jour ou l'autre on en appellera. Pour
nous, nous croyons au contraire que cette rigueur dont il
est l'objet quoique sévère, est juste et partant doit demeu-
rer souveraine. Et la raison en est simple. « A la différence
de tant d'hommes distingués, d'artistes de renom, qui
ayant eu une partie de leur fortune viagère en ont une au-
tre partie durable et immortelle (et on l'a dit de Voiture),
Auber a tout mis au viager; il n'a été qu'un charme et
une merveille de société ; il a voulu plaire et il y a réussi,
mais il s'y est consumé tout entier. »
   Auber a vieilli. D'ailleurs, qui le nie ? N'étant pas de
ceux qui, s'enfermant, pendant des heures de sainte
débauche, s'identifient avec un chef-d'œuvre, le creusent
en tous sens et sur le clavier du génie éveillent leur
âme, mais appartenant au contraire à ce groupe de talents
pour qui l'art est un jeu de l'esprit plutôt que du
cœur et qui pensent qu'avec de l'esprit en France on arrive
quand même, il s'est contenté de ce qu'une étude gaie, lé-
gère, enfantine presque peut suggérer d'impressions et d'i-