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300 LETTRE AU SUJET DU CHATEAU DE PRONY Nouvelle-Calédonie ; cette circonstance a fait donner à ce point le nom de Rade-du-Prony. Si l'on défigure le nom primitif de Prony, on rend méconnaissable la suc- cession des circonstances qui ont transporté ce nom pres- que aux antipodes. Il est bien possible qu'entre les années 1600 et 1700, lorsqu'on écrivait : espkkr, on ait écrit : Prosny ; on avait raison d'écrire : espkkr, puisque ce mot dérive de SPECIES; mais rien ne justifie l'orthographe : Prosny. Le fer ancien qui servait à marquer à chaud les tonneaux portait : Progny. Les noms propres autrefois, comme l'orthographe géné- rale, n'avaient rien de fixe. Le manuscrit des œuvres de Marguerite d'Oingt, qui se trouve à la bibliothèque de Gre- noble et qui est un peu postérieur à l'année 1300, pré- sente le nom d'Oingt écrit ainsi : Oyn. Le nom latin était ICONIUM. Plus tard on a ajouté des lettres qui donneraient à croire que l'on prenait UNCTUS pour racine du nom. Dans les anciens textes latins, le Bois-d'Oingt est nommé BUXUM ICONII. Or BUXUM se traduit par Buis, et non par Bois. Si l'on voulait renoncer à des habitudes longues, mais relativement récentes, pour remonter à une origine très ancienne, on devrait donc dire et écrire le Buis d'Oyn. Ce- lui qui connaît le pays ne s'étonnera pas du nom de BUXUM, car le buis croît avec abondance, là plus qu'ail- leurs, dans les haies et les terrains incultes. En résumé, je demande que Ton conserve les usages connus : ne disons pas le Buis d'Oyn ; mais écrivons Prony, parce que cette orthographe a plus d'un siècle d'ancienneté, et parce qu'elle a reçu une illustration que n'obtiendra ja- mais le nom de Prosny mis au jour depuis 1862. Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'hommage des sentiments très distingués de votre dévoué serviteur. L. G.