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264 DEUX MOIS EN ESPAGNE quel ils le protègent, du luxe prodigieux de leurs énormes lierres, des festons de ses plantes grimpantes, qui étalent sur des lits de mousse que l'onde baigne de ses filets d'ar- gent, des guirlandes de fleurs des tropiques qui s'y trouvent abritées comme dans une véritable serre chaude. Le célèbre défilé des Trosaches en Ecosse, peut seul rivaliser en fleurs et en verdure argentée, avec cette célèbre allée, et en y jetant un coup d'œil, on comprend tous les regrets qu'elle inspire aux poètes arabes, qui pleurèrent Grenade, comme les Hébreux Jérusalem, lorsque exilés comme eux, ils sus- pendirent leurs harpes aux saules de Ninive. Ce fut sous ces grands arbres couverts de lianes et des mousses des forêts vierges du nouveau monde, près de cette grande fontaine à la coupe de marbre blanc, ciselé d'ara- besques, que se passa le dénouement de toute cette si lon- gue et si meurtrière invasion africaine, et que Boabdil (appelé Abu-Abdalla par les Maures), le dernier des califes de Grenade, vint le 25 novembre 1491, remettre entre les mains du puissant vainqueur, cette fameuse clef de la ci- tadelle, qui, sculptée en pierre sur une autre tour que celle sur laquelle on avait gravé une main, ne devait suivant l'o- pinion des mahométants, parvenir aux chrétiens que quand par un prodige, ces deux insignes se seraient joints en- semble ! Pour mieux comprendre cette scène, nous allons avoir recours aux quatre bas-reliefs que l'on sculpta sur le maître- autel de la cathédrale; je suis étonné qu'avant moi, d'autres voyageurs n'aient pas fait ce rapprochement, car, si cette sculpture n'est pas d'un dessin entièrement irréprochable, elle est très soigneusement finie, et empreinte de cette vie et de ce mouvement qui ne sont pas toujours l'apanage des grands artistes ; de plus, selon l'usage du temps, elle a été colorée avec soin ; puisqu'elle donne une idée complète du