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DEUX MOIS EN ESPAGNE 26} ments écarlates ; mais ce sont les pauvres laboureurs qu'il faut regarder, avec leur foulard roulé en corde autour de la tête; leur simple jupon en toile blanche, et leurs sandales en sparterie, il est impossible de trouver un costume plus simple et plus primitif que le leur ; c'est à faire honte aux bergers des Cheviots en Angleterre ; et à faire rougir les charbonniers du Ben-Lomond de l'antique Ecosse, de l'inu- tile luxe de leurs toilettes. Oublions cette population qui émigré chaque jour de plus en plus vers les fabriques, et revenons à la ville, et à sa citadelle mauresque qui la domine à une grande hauteur de sa colline tailladée parles eaux pluviales. Ses sommets accidentés rappellent ceux de Vienne en Dauphiné, mais ils contiennent de plus les jardins du Génê- ralif, et YAlhatnbra, la merveille des merveilles ! Le pourtour de cette forteresse égale presque celui de la ville, il en est séparé par une enceinte de grands murs noir- cis par le temps, flanqués de fortins, de places d'armes et des pavillons qu'habitaient les officiers du Kalif, construc- tions ayant presque toutes des légendes plus ou moins his- toriques ! Un profond ravin creusé par les eaux au centre de la ci- tadelle, est pour elle un puissant moyen de défense; les Arabes avaient, à son entrée, réuni ses deux rives, par un aqueduc qui le fermait en quelque sorte, mais cette cons- truction fut ruinée à l'époque de la conquête. On ne peut réellement, sans l'avoir éprouvé, se figurer l'étonnement et l'admiration du voyageur quand il entre, par la magnifique porte arabe qui l'a remplacé, dans cette fraîche grotte de verdure, qui, dans un climat de feu, garde tout le jour une température des vallées pastorales de la Suisse ; il reste frappé de la hauteur prodigieuse de ces arbres, qui s'élancent vers le ciel, pour atteindre les rayons de l'astre contre le-