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2^2 DEUX MOIS EN ESPAGNE appelés miradores, qui se détachent sur toutes ces petites maisons aux teintes si claires ; ils servent dit-on à épier les passants qui sont si rares, et, dans le fait, à les garantir de la pluie, qui n'y est jamais bien longue. La partie de la ville qui forme un vaste boulevard, s'étend sur les rives de deux charmants ruisseaux, le Darro et le Génil qui se réunissent auprès de la promenade ; le premier est loin d'être toujours paisible, aussi les gamins du pays en ont fait dans leurs chants le futur bourreau de la ville ; « Darro ayant épousé Génil, disent-ils, lui apportera en dot, un jour ou l'autre, la place Neuve, plus le Zacatin et toutes ses belles boutiques, etc., » en dépit de leur sinistre prédiction, c'est au point même de jonction des deux époux que se réunissent, chaque soir, les oisifs de la ville ; là , sous d'antiques platanes, au milieu des bosquets, des grilles dorées, des fontaines et des bancs de marbre blanc, circule au coucher du soleil une population peu fortunée, mais heureuse de sa gaieté et de sa paresse ; elle a laissé ses misérables quartiers aux pavés monstrueux et dégradés, et vient sur cette jolie promenade écouter les musiciens ambulants, prendre des rafraîchisse- ments et des glaces, mais surtout admirer l'aristocratie fé- minine du pays, qui y promène, dans d'atroces équipages, ses longs voiles de dentelles noires, sous lesquels brille la fleur naturelle que l'Espagnole, pose dans le jay de sa noire chevelure. Malgré l'invasion de la crinoline, les femmes de Grenade ont encore, en général, les modes du pays; les hommes sont restés également fidèles au costume national. Ils por- tent le grand pantalon, orné sur les côtés de boutons en grelots d'argent, et les jeunes senors de la campagne, qui viennent y étaller leurs grâces et le cheval andaloux, que leur père les a chargés d'y vendre ; les bottes à retroussis et les vestes de velours aux aiguillettes de métal et aux pare-