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BIBLIOGRAPHIE 6$ qu'à lui seul il a créé et fait èclore des œuvres qui peuvent être regardées justement comme l'expression la plus belle du génie français au xixe siècle. Parmi nos écrivains lyonnais, celui qui a le plus obéi à cet entraînement, à cette passion chez lui naturelle, est as- surément M. le baron Raverat. Passez en revue tous les ouvrages que nous lui devons, prenez un à un chacun de ses travaux, vous rencontrerez à chaque pas ce goût que nous indiquons. Il ne s'est fait et devenu écrivain que pour cela, à la différence de beaucoup qui le sont sans trop savoir pourquoi. On s'en convainc du reste bien vite en parcourant son œuvre, qui n'est que le long et complai- sant développement de cette admiration rêveuse qu'il res- sent pour la nature. Dans ces pages sans prétention, tout à la fois vraies et poétiques, rien de convenu, rien qui laisse voir l'effort, l'ap- prêt et—ce qui est à noter—l'inspiration d'autrui. L'auteur ne procède de personne, il a sa manière à lui, une touche qui lui est propre; il va en avant sans se préoccuper de ce qu'ont dit et fait les devanciers, sans arrière-pensée, guidé seulement par lui-même, confiant dans sa veine, — et il a raison, — car cette façon, pour n'être pas la plus souvent employée n'en est pas la plus mauvaise pour cela; au con- traire, elle communique à ses études pittoresques une saveur, une originalité, un, je ne sais quel imprévu qui ajoute à leur charme et les préserve de ce que bien peu dans le genre descriptif savent éviter, nous voulons dire les lieux com- muns, les banalités, les phrases à grands ramages, qui prétendent dire beaucoup et ne disent absolument rien, la monotonie, qui engendre l'ennui, qui fait dormir. D'ailleurs, jamais M. Raverat ne décrit seulement pour le plaisir de décrire ; il n'a jamais voulu être ce que sont certains peintres, qui au lieu de demander des leçons à la 5