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368                 PIERRE ET JEANNETTE
dule. L'amitié très-vive que vous m'inspirez m'engage à
vous dévoiler ce que je sais.
    « Vous n'avez pas connu la cause du départ d'André,
et il n'a pas voulu vous la dire ; je le crois bien ; il faut que
je vous instruise de cet affreux galimatias, où vous pouvez
voir sombrer votre bonheur et votre honneur. La tristesse
de cette famille était visible depuis quelque temps, il fallait
absolument qu'elle s'éloignât ; M. Richemont et la jeune
fille s'entendaient trop bien ; un enfant allait naître, et on
l'a déposé loin d'ici. Voilà pourquoi vous avez vu à la Cha-
pelle ce petit Jean si gentil, qui est tout bonnement le fils
de Jeannette. Et voilà la femme que vous épouseriez ! Etes-
vous simple ! Etes-vous facile à tromper !
    « Oh ! mon Dieu ! M. Richemont fait comme tous les
Messieurs de son bord.... Il est riche... que voulez-vous?
Du reste, il se conduit bien avec ces pauvres gens ; il ne les
abandonne pas ; je sais qu'il les soutient avec beaucoup de
bonté et qu'ils ne manqueront de rien. »
   Pierre n'entendait déjà plus ces dernières paroles ; il
était comme foudroyé; près de tomber, il s'appuya contre
un arbre, passa sa main sur son front couvert de sueur, et,
apercevant comme une effroyable vérité, illuminé comme
par un éclair soudain et terrible, il resta muet et consterné.
Il fit un geste à Madeleine pour l'inviter à le laisser seul, et
il demeura quelque temps plongé dans une sorte d'hébéte-
ment.
   Enfin les sanglots et les larmes prennent la place de la
stupéfaction, il marche à grands pas, sans savoir où il va,
il se frappe la tête et prononce ces mots entrecoupés : « Est-
il possible ? Quoi ! trompé par celle que j'aimais cent fois
plus que moi-même ! Trompé par celui que je considérais
comme mon père, comme mon meilleur ami ! Mon Dieu !
ce n'est que trop vrai, je le vois bien !..,. Je ne comprenais