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THIERRIAT 301 mais sa faim de marinier du Bhône n'était pas apaisée. Elle faisait une friture de pommes de terre, et pendant qu'elle mettait le couvert, André dévorait tranquillement les tranches appétissantes qu'il tirait délicatement du feu du bout des doigts. — Mais malheureux, s'écria sa sœur, en le surprenant, tu ne respectes-donc rien? c'est le dîner de mes maîtres ! — Et André, de lui répondre senten- cieusement : — Ventre affamé n'a pas d'oreille ! — et d'achever les pommes de terre sous les yeux de sa sœur ébahie, qui en fut quitte pour une nouvelle friture. Leur sœur Thérèse habitait aussi Lyon. C'est elle que Bonnefond a représentée agenouillée dans l'église de Saint-Polycarpe. Cette petite toile, de 15 centimètres environ, a figuré sous le numéro 1447, dans la vente de la collection Thierriat, et a été adjugée au prix de 280 francs. Cette esquisse est saisissante de vigueur et de vérité. Ce fut donc sous l'aile de ces deux femmes, sa mère et Françoise, que grandit et se développa doucement Augustin Thierriat. Après la ruine du commerce de droguerie dont les débiteurs s'acquittèrent en assignats, assignats que la bonne Françoise avait conservés dans une grande balle à lessive, dans l'espoir qu'ils repren- draient peut-être quelque valeur, et dont j'ai fait des capucins dans ma jeunesse, la position de la famille et celle de l'oncle qui vieillissait, était devenue si précaire qu'on ne put continuer à payer les leçons de M. Grognard et l'enfant serait devenu, peut-être, un bon canu, un bon horloger, un bon relieur, si le généreux professeur, qui affectionnait son élève, n'eût refusé de le renvoyer et n'eût continué à lui donner des leçons gratuites. C'est en souvenir de ce bienfait que Thierriat, devenu plus tard professeur à son tour, voulut, pendant plus de trente