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234 BIBLIOGRAPHIE. La fable du poème est aussi simple que ses personnages. Au début nous assistons aux fiançailles de Pernette et de Pierre. Rien de frais et de poétiquement rustique comme ce premier tableau ! Tous les personnages y sont posés dans une pure lumière et pris dans leur attitude naturelle. On est réuni pour la fête ; seul le docteur manque. Il arrive enfin, sombre, préoccupé. Il apporte la nouvelle d'une victoire suivie d'un décret ordonnant uDe nouvelle levée, laquelle prendra tout homme valide, qu'il soit ra- cheté ou non. Or, Pierre l'a été trois fois. Il croyait donc avoir le droit d'être libre et heureux. Il se révolte. Le doc- teur l'encourage. Le curé essaie de le calmer. La mère pleure en silence. Enfin Jacques, le père de Pernette, vieux soldat de l'an I I , lui ordonne de vivre pour eux tous et de se soustraire à cette odieuse tyrannie. Je ne puis résister au plaisir de citer encore une fois les beaux vers par lesquels il commence son exhortation : Je suis d'un autre temps sans être encor bien vieux... Je labourais en paix le champ de mes aïeux, Lorsqu'un grand vent souffla, messager de tempête ; Nos montagnes tremblaient de la base à la crête ; L'air de tous les côtés nous jetait en courant Des mots où respirait quelque chose de grand. Un immense frisson de crainte ou d'espérance A travers tous les cœurs circulait par la France, Tout sillonné d'éclairs le ciel semblait plus beau. Chacun sentait en soi naître un homme nouveau. Et, durant ce travail plein d'ardente liesse, Chaque douleur plus vive apportait sa promesse. Tout à coup retentit le pas de l'étranger Et grondèrent ces mots : la patrie en danger ! Alors il se passa je ne sais quel prodige ; Le souvenir m'en donne encore le vertige : Des villes, des hameaux, des forêts, des sillons, Les hommes surgissaient, volaient en tourbillons, Jeunes et vieux, c'était la nation entière. Unfleuvehumain roulant ses flots à la frontière.