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               LE PAGE DU BARON DES ADRETS.               473

 méritait cet acte de rigueur, et il allait réfléchissant pro-
 fondément. Tout en marchant il enfonça son feutre sur
 les yeux pour ne pas être reconnu, ferma son manteau
 et se dirigea vers la Saône, qui, quoique grosse encore,
n'était point aussi redoutable que les jours précédents.
Il suivait les quais, plongeant ses regards partout et ne
distinguant rien. A son inquiétude, à son agitation, on
pouvait deviner qu'il mettait une grande importance à
trouver ce qu'il cherchait.
    Il s'avançait avec précaution et sondait du regard
les bords de la rivière. Il aperçut un point noir qui se
dirigeait vers la rive ; c'était une barque remplie de
soldats. Les hommes qui la manœuvraient pouvaient à
peine couper le courant ; enfin ils abordèrent. — Il y a
longtemps que je vous attendais, mes braves, tout est-
prêt? Et loi Polidino, tu n'as oublié aucun instru-
ment ?
    — Rien n'est oublié, Monseigneur. — Allons, dit le
baron , tout est pour le mieux. Et il se débarrassa de
son manteau, sauta dans la barque, qui remonta pé-
niblement le courant. Il fallait manœuvrer avec en-
semble. La tâche était difficile et l'aventure périlleuse;
mais ils étaient avec leur général, la crainte ne pouvait
les entamer. On avançait avec peine et le courant de-
venait plus fort : on sentait que les eaux éprouvaient
un grand obstacle, elles mugissaient, grossies par l'inon-
dation. La barque traversa la ville, passa sous la forte-
resse des archevêques et, hors des faubourgs, donna
moins de peine aux rameurs.
   Une grande masse noire se dessina enfin aux yeux
des navigateurs, c'était la célèbre abbaye de l'île Barbe,