page suivante »
VOYAGE DE LYON A Y1ÃŽNNH. 387
gauche imitation des gestes en honneur à la Clôserie des
Lilas et autres bals publics. Il s'est trouvé, sans doute, n la
dernière vogue, quelque collégien en vacance, ou quelque
tambour en congé, pour importer dans le pays le progrès, la
cigaretle et le cancan.
Un bel oiseau de rivage pèche en amont du bateau. Après
plusieurs plongeons infructueux, il rejaillit avec un barbillon
en travers du bec. Soudain tombe du ciel un grand épervier.
Il manque son coup. La mouetle s'enlève d'un vigoureux
élan et file en rasant la cîme des saules. Mais le rapace, qui a
failli se noyer, prend du champ et monte en spirale. Nous
avons ainsi le spectacle d'une vraie chasse au faucon. Au mo-
ment où la mouetle va atteindre un fourre' de roseaux, asyle
impénétrable, l'épervier, qui plane directement au-dessus, re-
ploie les ailes et tombe, fendant l'air comme la foudre. Rien
ne reparait ; mais nous entendons le cri de triomphe de l ' é -
pervier. Pauvre mouetle!...
Eh mais.'... Et le poisson?... Pauvre poisson aussi.
Décidément, c'est la loi : il faut que les gros mangent
les petits. Dura lexjsed Icx.
Je descends aux premières. La famille aristocratique acca-
pare tous les divans,el bâille autour d'un guéridon chargé de
châles, de couvertures, de sacs de nuit et de chameaux. Se
priver de toute disiraclion, crainle de coudoyer un plus petit
que soi, c'est pousser un peu loin l'amour de sa dignilé.
A la buvette, trois citoyens discutent, oulour d'un moos,
les grands intérêts de l'Etat. Ils pacifient le Mexique, colo-
nisent l'Algérie, réduisent l'armée aux compagnies de sa-
peurs-pompiers, suppriment l'impôt et envoient le pape Ã
Jérusalem. Le bambin, d'ailjeurs totalement étranger à la
question, siffle à outrance, et je trouve qu'il siffle à propos.
Remontons sur le pont. Le paysage revêt an caractère de
sévère grandeur assez rare jusqu'ici. La vallée s'étend à perle