page suivante »
196 POÉSIE.
Les bataillons du Czar, par un chemin couvert
Au cœur de la tranchée ont un accès ouvert.
Ils espéraient trouver nos soldats sans défense ;
Mais la riposte est prompte à l'égal de l'offense ;
LTne affreuse mêlée avec d'horribles cris
S'engage, et l'on entend l'effrayant cliquetis
Que font en se croisant les blanches baïonneltcs,
Distinct parmi la foudre et l'éclat des trompettes.
Flottant est le combat, désespéré l'effort.
La furia française en fixe enfin le sort,
Et des Russes vaincus la masse ramenée
Fuit, laissant de ses morts une longue traînée. —
Mais, hélas! la victoire a coûté bien du sang.
Mériadck lui-même est relevé gisant
Parmi les mutilés que fit cette hécatombe :
Un reste de soupir le sauve de la tombe. —
Un an s'était passé, — le grand drame est fini.
Quel est rc voyageur au teint hâve et bruni
Qui d'un allègre pas traverse la clairière?
Une large balafre orne sa mine fière ;
Sur ses habits troncs, sur ses traits amaigris,
De trois ans de combats les fastes sont écrits.
11 porte sur son cœur deux médailles flétries,
Humble et noble blason, sublimes armoiries
Qui marquent un paslcur au livre d'or des preux.
Sa main lient un bâton fait de houx épineux,
Et l'éiui de fer blanc sur sa hanche résonne.
C'est bien Mériadck ! — Un beau soleil d'automne
Sur sa capole grise épanche ses rayons ;
Un air salubre et pur dilate ses poumons.
11 pleure, chante et rit : sa bouche filiale
Aspire la senteur de la terre natale,
Parfum mystérieux dont s'enivre le cœur.
Il a franchi les bois ; déjà même, oh ! bonheur !
îl voit du vieux clocher la flèche élincelanlc :
L'émotion le gagne, et sa marche est plus lcnle ;
Il défaille, il s'asseoit sur le bord_du fossé.