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                              REVUE DRAMATIQUE.                                328
 à vrai dire, le mot de Néréide nous paraisse tant soit peu risqué dans une
scène où les acteurs portent le costume hongrois, et se servent de fusils
de chasse système Lefaucheux. Qu'on nous permette cependant une
réflexion. Il y avait un moyen de sauver les apparences, ce qu'il faut tou-
jours faire, même dans un ballet : c'était de reporter la scène au temps où
l'on croyait encore aux Néréides. Au lieu de chasseurs hongrois, vous
auriez eu des chasseurs thraecs ou scytlies, dont le costume léger était
 d'un effet pittoresque ; au lieu de fusils, vous auriez eu des arcs. Vous ine
 direz peut-être que tout cela est rococo : je l'avoue ; mais c'est à l'imagi-
nation du poète à savoir tout rajeunir.
    Malgré celle critique qui ne s'attaque en rien du reste à l'intrigue du
ballet, la pièce est intéressante, ce qui est le principal ; il y a de forts
beaux divertissements, ce qui ne nuit à rien ; il y a des pas charmants que
jjlle Dor exécute avec cette grâce et ce brio que cette artisle sait mettre
dans tous ses rôles ; des groupes ordonnés avec ce talent plein d'origina-
lité qui fait de M. Justamant l'un de nos premiers maîtres de ballet. Le
tableau des danses sur le lac, exécuté dans la demi-teinte du clair de lune,
est d'un effet saisissant : c'est gracieux, original et fantastique tout à la fois.
    La fête des rois mérite aussi des éloges. Nous n'aimons point pourtant
la mascarade du dieu Bacchus, conduite par les quatre rois-mages ; Silène
avec son gros ventre et sa rouge trogne, est un compère qu'il faut laisser
aux tréteaux. La danse des bacchantes n'est que voluptueuse; on s'attend
à une orgie et l'on trouve un thé anglais.
    Le pas de la Fortune est, sans contredit, le morceau capital du ballet.
C'est à ce tableau que M. Justamant semble avoir mis tous ses soins.
M"J Dor y trouve tous le: jours l'occasion d'uiT triomphe. Rien de plus gra-
cieux que sa pose sur la roue de diamant; rien de plus joli que son char-
mant visage au milieu des bouquets de pierreries qui l'entourent ; on dirait
une tête de Raphaël dans un cadre de diamanls.
    Le dernier tableau a dignement couronne l'œuvre : à la vue de la grotte
enchantée des Néréides, un cri d'admiration s'échappe de toutes les poi-
trines : il faut voir cette décoration splendidc pour se faire une, idée de la
beauté du spectacle. M. Devoir, l'habile conservateur de nos théâtres, à
qui nous devons le renouvellement successif de la plupart des décors de
notre première scène, avait retrouvé dans ce tableau toute la fraîcheur
d'imagination qui ont fait en Europe la fortune de son nom et celle de ses
Å“uvres.
    Mais il est temps de parler de la musique des Néréides. Elle est due
à un de nos compatriotes, jeune compositeur de talent, déjà connu sur
notre scène par un frais opéra-comique intitulé Voici le jour, et dans nos
salons, par plusieurs mélodies charmantes.
    M. Ward est Lyonnais, et naturellement, en vertu du vieux proverbe,
nul n'est prophète en son pays, il a eu, disons-le franchement, l'immense
tort de se faire représenter à Lyon. Triste effet des débuts d'un auteur
dans sa ville natale, il ne peut y trouver de véritable succès ; car il y a
toujours les petites coteries de clocher, les unes pour l'Å“uvre, les autres
contre ; les amis et les ennemis , Capulets et Montaigus au petit pied. Les
indifférents se partagent entre ees deux partis, et la bataille s'engage. Si
l'auteur triomphe, ses amis sont les premiers à s'attribuer les trois quarts
du succès ; s'il échoue.... on sait qui l'on doit en accuser.
    Cependant, ce n'est pas tout à fait le cas de M. Ward : il a réussi, et ce
n'est pas aux efforts de ses amis qu'il le doit. On l'a attaqué vivement, même
avant la première audition de son œuvre; un journal sérieux a été jusqu'à se
faire l'organe d'une diatribe de mauvais ton; mais le public, qui est le
meilleur juge en pareille question, le public a fait justice de la malveillance