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ANIMISME ET VITAUSME. 131 âme qui a deux unions, l'une avec le corps l'autre avec Dieu. Mais le corps qui n'est rien par lui-même est cepen- dant assez puissant pour solliciter l'âme, contrebalancer l'influence de Dieu et trop souvent la surmonter. Si le corps agit sur l'âme, il est donc doué d'une force intrinsèque ; il y a donc dans l'homme deux forces, deux principes d'action. M. Bouillier ne veut pas qu'on multiplie les causes sans nécessité, et il a raison. Il est difficile, dit-il^d'assigner des limites absolues aux phénomènes que peut produire une même cause. » Mais cette limite, on la trouve dans les faits eux-mêmes rigoureusement observés. Newton a dit : Effectuum generalium ejusclem generis eœdem sunt causœ, et par conséquent : Effectuum diversi generis diversœ sunt causœ. Les forces qui régissent les corps bruts seront peut- être un jour réduites a une seule, parce qu'il n'y a pas incompatibilité, si on me permet cette expression, entre les phénomènes physiques et les phénomènes chimiques ; mais les faits intellectuels et les faits vitaux sont d'une irré- ductibilité absolue. L'âme a le sentiment d'elle-même, et je puis affirmer cette cause sans avoir recours a l'induction. Les faits vitaux ne peuvent être connus que par l'expérience, et leur cause ne peut être trouvée que par l'induction. « La vertu de la vie, dit M. Berlot, est de réduire à l'har- monie des éléments nombreux auparavant épars ; elle reçoit, elle exclut ; elle compose, elle décompose ; supprimez le nombre, elle ne peut s'exercer, elle n'est plus. Telle n'est pas la vertu de l'âme ; elle ne combine point, elle ne désa- grège point ; il ne lui faut point de toute nécessité un en- semble de molécules qu'elle range en ordre; son.effet propre est la pensée, le sentiment, la volonté immatériels et indi- visibles. Supprimez le corps et toute matière, elle peut être, elle peut agir, elle agit encore... L'âme vit en elle-même.