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102 HISTOIRE LITTÉRAIRE. précurseur de ce genre d'éloquence, doux et pénétrant, où s'immortalisa, au XVIIe siècle, l'archevêque de Cambray. Par sa valeur littéraire, ce début de l'un des plus anciens mo- numents de notre éloquence chrétienne mérite d'être exhumé d'un indigne et trop long oubli ; la traduction qui va suivre le donne dans son intégrité, sinon dans sa beauté : « Toutes les oeuvres du Dieu rédempteur sont bonnes, sou- « verainement bonnes, en quelque nombre que l'œil les aper- « çoive, que l'esprit les considère, que l'intelligence les « explique, que la nature humaine les embrasse. Oui, vous « chercherez en vain un spectacle plus éclatant que la « voûte éternellement changeante du ciel, un émail plus « admirable que le sol fleuri de la terre, un quadrige plus « prompt que le cours du soleil, plus agréable à la vue que « l'astre de la lune. De même vous ne trouverez jamais rien « qui soit merveilleux comme l'indescriptible mosaïque des « constellations, fécond en produits utiles comme le souffle « des vents favorables, pur comme le cristal de la lumière « éthérée, parfait comme l'organisation humaine ; tant sont « bonnes , souverainement bonnes les œuvres du Dieu « rédempteur ! « Mais quel bienfait plus grand, plus indispensable que « l'eau ? N'est-ce pas elle qui, par sa nature, purifie, entre- « tient, arrose? Elle qui soutient la terre? elle qui donne « naissance à la rosée et fait prospérer la vigne ? elle en- te core qui hâte la maturité de l'épi, adoucit le raisin , « attendrit l'olive et donne au fruit du palmier son aimable « saveur? N'est-ce pas à l'eau enfin que la rose doit sa « couleur vermeille, la violette sa floraison odorante, le lis « la beauté de ses calices splendides? Que dis-je ! sans l'eau, « sans son principe , rien dans la création ne subsisterait « de ce que nous y voyons; principe bien excellent, en « effet, car, tandis que les autres éléments ont établi leur