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LES JUIFS DANS LE MOKDE. soc émises pour hâter l'émancipation des Juifs, seront entendues en Allemagne. Nous l'espérons d'autant plus que, déjà dans ce pays, l'opinion publique paraît favorablement disposée en leur faveur : témoins ces concessions qui leur sont faites chaque jour, témoin cette lettre que la Revue Germanique recevait récemment de son correspondant de Hcidclberg et qu'on nous pardonnera de citer en son entier après l'avoir lue : « Dieu me garde d'aborder maintenant la question de l'éman- cipation des Juifs; elle est épuisée pour moi, — je n'admets plus qu'il en existe une. Cependant je ne veux pas quitter ce sujet sans répondre à dos reproches qu'on adresse souvent ici à la population juive, et que je crois injustes. « On se plaint généralement en Allemagne de l'esprit corporatif des Juifs, de ce qu'ils forment une tribu dans la nation. Ce repro- che est fondé et il renferme , il faut l'avouer , un vérilable danger pour la société. Elle n'a pas, en effet, d'ennemi plus terrible qu'une corporation qu'elle repousse do la vie commune comme une bande de pestiférés. Mais à qui la faute, je vous prie, aux Chrétiens ou aux Juifs ? Depuis le jour où Mendelsohn , l'apôtre de la tolérance > reprit au siècle dernier l'enseignement moral, rationnel du Talmud de Maïmonides, le médecin de Saladin, et s'efforça, sous l'impulsion des idées nouvelles, d'arracher ses coreligionnaires à l'isolement dans lequel ils avaient vécu jusqu'alors et à les pousser à la conquête d'une position sociale dans l'Etat, n'a-t-on pas vu toute la partie éclairée de la population juive, qui ne supportait qu'à contre-cœur le despotisme de fanatiques rabbins, se jeter dans la lutte avec une telle ardeur, que l'illustre philosophe, effrayé de. son propre succès, se crut obligé de la contenir par la publication de son livre Jérusa- lem ? Toujours repoussés par d'odieux préjugés, les Juifs ne sont- ils pas revenus avec persévérance à l'attaque de la position qu'on leur disputait? Ils ne demandent qu'à prendre place au banquet de la vie allemande, qu'à se fondre dans la nation (1) ; mais une foule do mesquines petites passions tracent autour d'eux une muraille de la Chine et les condamnent à rester sur le pied de guerre, par ba- taillons serrés. < D'autres déplorent la large place qu'ils ont conquise sur le Par- ( nasse allemand , car, comme la plupart des villes d'Outre-Rbin , la (1) Pour cela, ils devraient abandonner, à tout jamais, certains usages traditionnels conservés encore dans quelques pays ; usages qui regardent leur langage, leur costume, leur coiffure et celte ha- bitude des négociants Israélites de mettre leurenseigne en caractères hébreux.