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356 ÉLOGE DE M. DE CHANTELAUZE. Il me reste à rappeler vos pertes et vos regrets. Je ne pouvais remettre à personne cette triste et pieuse partie de ma tâche. On cède des droits, on n'abandonne pas des de- voirs. L'année qui vient de s'écouler a multiplié ces douloureux devoirs. Dès les premiers jours du printemps, une maladie fou- droyante enlevait, a nos côtés, un de nos confrères à qui tout semblait promettre encore de longs jours. M. Victor Thiol- lière a laissé de vifs regrets a ceux qui l'ont connu. Géolo- gue profond, cœur bienveillant et généreux, il partageait sa vie entre la science et la charité. Occupé sans cesse à cacher le bien qu'il faisait et à révéler les secrets qu'il dérobait à la nature, lui seul peut-être ignorait son mérite ; il fuyait l'oc- casion de le montrer, môme de le laisser voir. La Providence l'avait doué d'une de ces craintives modesties que les éloges embarrassent, comme elles embarrassent les éloges. Nous avons rarement vu sa personne, beaucoup connu ses tra- vaux , encore plus estimé son caractère ; et s'il ne nous a pas été donné d'offrir a sa vie un juste tribut de louanges, qu'il nous soit permis du moins de nous acquitter envers sa mémoire. Au moment même où nous déplorions sa perte, la mort frappait, à Paris, une de vos plus honorables associées , Mme Desbordes-Valmore. Ainsi dans la môme année, c'est une femme qui a rem- porté le prix d'un de vos concours, (1) et tfest une autre femme dont le vide s'est fait sentir dans l'élite de vos illus- trations poétiques. (1) L'Académie, dans sa séance du 21 juin 1859, a décerné une mé- daille à Mlle Victoire Daubié, auteur du meilleur mémoire sur les moyens d'améliorer la condition et le travail des femmes.