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EXPOSITION LYONNAISE. 255 s'est choisi et qu'il'a fini par gagner à force de zèle , de science et de conviction. Il ne cherche point à animer ses amples et fermes compositions. Le soleil fait vibrer un timbre assez sonore à travers la feuillée, l'herbe chuchotte, les hautes ramées mur- murent avec assez d'harmonie, pour qu'il se dispense d'y intro- duire des êtres vivants, et à voir les poulains et les pouliches qui paissent dans une de ses prairies, peut-être fait-il bien. M. Viot ne court pas comme lui après la poésie, cette capri- cieuse fugitive qui cache ses attraits au milieu des bois et des lacs ; mais il la rencontre tout à coup au tournant d'un sentier, au bord d'un ruisseau, au carrefour d'une forêt, d'autres fois sur un plateau élevé. Ils ne se cherchaient pas précisément, et mon- trent une joie naïve de s'être rencontrés en si beau pays. La composition n'est point serrée comme celle de M. Servan, elle aspire moins haut ; cependant^elle a un grand charme de fraî- cheur et de vérité. M. Tyr s'oublie ou s'endort ; sa jeune fille au pastel le prouve trop durement. Son autre portrait vaut mieux. La gravure du Bien et du Mal de Victor Orsel, par M. Vibert, a été exécutée avec toute la conscience qu'il peut mettre dans ses œuvres, et tout l'amour que devait lui inspirer le souvenir de son ami. La Cassandre de Mlle Ad. Wagner est une forte étude de femme, très-souple dans la simplicité et l'unité de ses lignes, et d'une pâte solide. On lui a reproché de rêver debout et en plein jour. Pour nous, cela ne fait rien à la chose. Modelée avec un vif et profond sentiment, posée avec grâce , vivante et rêveuse , la jeune fille au pastel, étudiée par la même main, est une des choses remarquables de l'exposition, et une des choses re- marquées. Nous voilà parvenus à la 140e pages de livret qui compte 749 numéros, et nous le fermons, sans nous occuper des concours primés par la Société des Amis des Arts et qui représentent dés Jacob luttant contre des anges en prenant des poses qui nous ont trop rappelé les lutteurs provençaux des arènes lyonnaises, quoique ceux-ci eussent des vêtements moins avantageux ; sans parler non plus du concours delà Société d'architecture auquel nous devons des projets de pont Morand très-grandioses, un surtout, inspiré, à une très-longue distance, des masses de l'architecture romane; sans parler davantage de jolis concours d'ornements, trop Jolis même , quant à l'exécution , et pas assez serrés, quel- ques-uns du moins , quant au style , que la Société des Amis des Arts a également proposés ; sans parler aussi longue- ment que nous l'aurions voulu des gravures commandées par la même Société à M. Dubouchet, d'après les tableaux du musée ; gravures fidèles et sérieuses auxquelles les albums feront la moue et que les portefeuilles serreront avec déliées dans leurs soyeux replis.