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nÉVOLUTION DE SUÈDE EN 1772. 465
compter, leur ont manqué ; le bourguemestre Sebalt, homme
très-dangereux qu'ils vouloient écarter, l'a emporté sur le
sieur Schan, que nos amis soutenoient : la majorité a été de
17 voix. Cette élection est un triste monument de ce que
peuvent la licence et le mépris des loix ; jamais elles n'ont
été violées avec autant d'audace, et vraisemblablement avec
autant d'impunité ; peu s'en est fallu même que le lieu d'as-
semblée ne soit devenu un théâtre d'horreurs et de carnage.
Des externes qui y avdient pénétré, une populace nombreuse
excitée à la révolte, qui gardoit les avenues, menaçoient des
plus (ristes extrémités. Les bien intentionnés eurent recours
à l'assistance du sénat, qui s'assembla aussitôt et se disposoit
à leur prêter un secours légal ; mais leur fermeté les trahis-
sant bien vite, l'élection s'est faite au gré de leurs anta-
gonistes.
» Les paysans ont d'abord mieux résisté que les bourgeois
à la fougue populaire. Leurs premières dispositions ne pou-
voient être plus satisfaisantes; toute la séance du 13 fut consa-
crée a l'examen de leurs pouvoirs ; plusieurs de ceux des amis
des Bonnets ne se trouvant pas en règle, furent rayés du ta-
bleau; mais par une suite des contradictions qui ne sont pas
rares dans un pays de vénalité et de factions, ils ont élu le
lendemain pour leur orateur un de ceux qu'ils avoient privé
la veille du droit de prendre séance avec eux. Les prêtres,
plus circonspects, n'ont encore rien décidé; ils ont seule-
ment nommé quatre commissaires, deux de chaque parti,
pour procéder a la vérification de leurs commissions, dont
quelques-unes sont véritablement irregulieres. Il y a peu
d'apparence qu'ils s'accordent; ce n'est pas aussi, dit-on, le
vœu de leur ordre, qui ne diffère son élection que pour voir
le parti que prendra la noblesse. Cette vue seroit plausible,
si nos amis avoient la sûreté d'une majorité notable, parmi
les prêtres ; mais je ne vois rien qui la caractérise. Dans la
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