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428 LETTRES BADOISES. chasseur adroit tend déjà le Irait mortel. Heureusement pour le chamois, la Nixe du glacier s'élève des brouillards de la cascade, enroule son bras de marbre au cou du chamois, et jette sur le chasseur un regard...., pauvre garçon, les fées sont si blanches et si-belles, leurs yeux lancent des traits si acérés, que tes flèches ne sont qu'une plaisanterie! Aussi ne suis-je pas sans inquiétude sur ton compte; je te regarde même comme un homme perdu. El moi qui me .promène en ce moment la canne à la main, comme un honnête bourgeois sous les vieux tilleuls du jardin Grand-Ducal, malgré la protection de la solide balustrade qui entoure la terrasse, au seul souvenir de ces yeux de Nixes, la tête me tourne. Ce- pendant le panorama est délicieux: la vue se repose avec plaisir sur les édifices roses et blancs de la ville, qui s'étagent au pied du jardin, sur les jolies pelouses et le ruisseau d'Oos qui accompagnent la roule de Lichlenthal, la longue allée tournante de tilleuls, incessamment sillonnée par les calèches et les promeneurs, les élégants chalets qui la bordent ; on distingue facilement celui où Meyerbeer composa les Hugue- nots. Les fumées bleuâtres qui s'élèvent dans les airs, indi- quent la place où se trouve le village de Lichlenthal, adossé à la montagne. Son monastère cache de douces nonnes; il s'ouvrait le dimanche, il y a quelques années, et on enten- dait de la bonne musique, ces nonnes chantaient comme des anges; à présent elles sont fort occupées de leur hospice d'orphelins, et n'ont plus guère le temps de chanter : c'est dommage, la musique est un bel accompagnement aux bonnes œuvres, et les vrais anges qui sont là haut, condui- sant un concert perpétuel sur leurs harpes de diamant, doivent bien accueillir l'encens mêlé de ces deux parfums. Bade esl un monde, où se coudoient les existences les plus diverses. Devant la porte du pieux monastère passent conti- nuellement les calèches qui conduisent la foule bigarrée des