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                        LETTRES BAD0ISES.                      429

badelistes, on nomme ainsi les étrangers qui ne font que
passer ici au château d'Eberslein.
   Je viens de rencontrer le roi de Wurtemberg, qui se pro-
menait dans une voiture découverte, conduite par des jockeis
en casaque rouge; un peu plus loin le prince Bagration,
jurant après ses gens comme un simple mougik; puis le
Crésus de la banque de Francfort-: le gros N                fumant
son cigarre et supputant en silence ses millions; puis la
grosse et honorable duchesse de Cambridge ; puis une foule de
beautés cosmopolites et équivoques. On trouve à Bade toutes
les variétés de lorettes, et même des loreltes des Variétés.
   L'autre jour, au salon, j'ai eu une conversation bien in-
téressante avec une jeune beauté prussienne; nous avons
parlé de la musique de Schuhmann, de la peinture de
Dusseldorf, de la bonne littérature, de l'esthétique et aussi
de la philosophie hégélienne. Je soupçonne celte femme
lettrée d'appartenir à cette école de philosophie horizontale,
qui plait particulièrement aux Studenten; seulement, elle
ne doit professer qu'avec les étudiants riches, comtes ou petits
princes allemands (les princes allemands vont aux. universités).
Quoi qu'il en soit, je fus charmé de l'érudition de l'Aspasie
berlinoise. Je me propose de lui envoyer, aussitôt qu'il aura
paru, un exemplaire de mon grand ouvrage sur l'Éthique mo-
derne, où je consacre plusieurs volumes à l'influence que les
femmes exercent sur les mœurs.
   10 Septembre. La personne la plus intéressante que j'aie
jamais rencontrée dans mes promenades n'est pourtant ni cette
jeune femme philosophe, ni le prince Bagraiion, ni le roi de
Wurtemberg, mais un pelit garçon, âgé de huit à dix ans,
qui se tenait ordinairement, vêtu de guenilles, sous un des
peupliers aux corbeaux. Au moment où j'ouvrais ma fenêtre
pour respirer la fraîcheur du matin, je voyais arriver, troltin,
trottant, le petit paysan, avec une corbeille de fruits sur la tôle.