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AO XVIIIe SIÈCLE. 213
« Ce n'est, dit-il, qu'avec transport que nous voyons
assis parmi nous cet homme unique, en qui les connais-
sances et les talents les plus opposés se rapprochent, s'en-
tr'aident, se confondent : poète, il réunit le sentiment et la
pensée, l'image et le précepte; philosophe, il pare la vérité
du voile des grâces, il l'embellit sans la cacher; historien, il
choisit, dans la poussière obscure des compilateurs, le petit
nombre de faits dignes de mémoire, il parle plutôt des lois
qui ont affermi les Etats que des combats qui les ont ébranlés,
des révolutions des mœurs que de celles des trônes, des
talents rares que des crimes illustres Faible interprète
des sentiments de cette compagnie, disait-il en terminant, je
finis, l'admiration publique parle pour moi (1). »
Elle parlait en effet, et a tous les pas de Voltaire dans la
ville, elle éclatait par les plus vives et les plus flatteuses ma-
nifestations. Au théâtre, où on joua Brulus, qu'il avait lui-
même fait répéter, la pièce fut applaudie avec transport, et
Voltaire accueilli par les acclamations enthousiastes de la
foule.
Quel doux spectacle pour ton cœur,
Lorsqu'entre l'ouvrage et l'auteur,
Flottaient les transports du parterre T
Applaudissant avec fureur
Tour à tour Brutus et Voltaire!
Ces vers sont tirés de l'épitre adressée par Bordes a Voltaire
le jour où il quitta Lyon.
Ainsi pour la première fois, comme le dit Condorcet (2),
Voltaire recevait les honneurs que l'enthousiasme public rend
au génie; ainsi Lyon, longtemps a l'avance, préludait en
quelque sorte au triomphe, plus éclatant encore, que Paris
(1) Dumas, 1, 45. Voir aussi, sur le séjour de Voltaire à Lyon, dans les
Archives du Rhône, tome m , p. 345 : Extrait de mou séjour auprès de
Voltaire, par Collini.
(2) Vie de Voltaire.