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42                  LE PÈRE DE LA CHA1ZË.
ceur, son angélique patience ; mais elle était dépourvue de char-
mes et de grâces, et elle se trouvait en quelque sorte dépaysée
au milieu de la cour la plus brillante de l'Europe. Le faste con-
venait peu d'ailleurs à son extrême modestie et à son amour
profond de la retraite et du silence. Délaissée par le roi qui
n'avait trouvé en elle que d'humbles vertus, sans les qualités
qu'eussent exigé son rang et sa haute naissance, la reine, qui
nourrissait en secret pour lui une tendresse et une admiration
inexprimables, s'était bientôt réfugiée dans la dévotion, et elle
en suivait les pratiques avec une ardeur minutieuse.
   Madame de Montespan éclipsait la reine par de merveilleux
contrastes ; jamais plus rayonnante beauté ne se fit admirer dans
une cour. Tout en elle atteignait à la perfection.
   « Elle régnait belle comme le jour, dit M. le duc de Noailles
dans sa remarquable Histoire de madame de Maintenon. La na-
ture lui avait prodigué tous ses dons : des flots de cheveux
blonds, des yeux bleus ravissants avec des sourcils plus foncés
qui unissaient la vivacité à la langeur, un teint d'une blancheur
éblouissante, une de ces figures enfin qui éclairent les lieux
où elles paraissent. »
   Ajoutez à cela un esprit fin, original, incisif, plein de saillies
et de tours surprenants, l'esprit des Mortemart, une politesse
exquise, un port de déesse, une fierté mêlée de grâce, de négli-
gences, d'abandon et de gaîté charmante et « folâtre. »
   Le Père de la Chaize comprit que pour déraciner cette puis-
sante favorite, d'austères remontrances et la force de la vérité
ne pouvaient suffire. Ne pas heurter le roi de front, ne rien
négliger pourtant, se renfermer strictement, quand il le fallait,
dans un silence qui ne manquait pas d'éloquence, et attendre
les occasions de parler d'une manière efficace, telle fut la tac-
tique invariable du Père de la Chaize.
   S'il faut en croire Saint-Simon, qui mêle si insidieusement
parfois à ses louanges les plus venimeuses malices, la fête de
Pâques causa plus d'une fois au scrupuleux confesseur, pen-
dant le règne de madame de Montespan, des maladies de poli-
tique. « Une entre autres, ajoute l'implacable duc, il envoya (au