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VRIAGE ET VIZJLLE. 555 de se procurer, sans délai , des ressources et des moyens d'existence. Heureusement que la charité publique s'émut, et que de nombreux actes de bienfaisance vinrent en aide a ces malheureux habitants. Des quêtes et des souscriptions furent ouvertes à Grenoble , dans le département de l'Isère et dans toute la France ; le propriétaire de la fabrique , Augustin Périer, disposa en toute hâte des ateliers provi- soires où tous les bras furent utilisés et fit commencer , dès le mois de décembre , les travaux de reconstruction. Au bout de fort peu de temps le château de Lesdiguieres s'élevait du milieu des cendres entièrement restauré et sans laisser paraître aucune trace de ce terrible incendie. De nos jours , une activité prodigieuse anime ce gracieux paysage ; en même temps que l'on parcourt des montagnes boisées , des coteaux fertiles, des]champs fécondés par une savante agriculture , on entend au loin le sourd mugisse- ment des machines industrielles mues par les flots impétueux de la Romanche. Des fabriques , des manufactures , des usines occupent une partie de la population de Vizille éten- dant leur influence même au-delà des limites de son terri- toire. Le château étale toujours ses vieux murs , ses pavil- lons , ses tours ; mais transformé par la main puissante de l'industrie , il présente un aspect a la fois pacifique et animé. Derrière ses murailles ne brillent plus des casques au pana- che flottant ; vers son portail ne retentit plus le qui vive poussé par de vigilantes sentinelles ; dans ses longs corri- dors ne s'élève plus le bruit des hommes de guerre ; sous ses voûtes on n'entend plus les ordres sévères du conné- table , ni la voix éloquente de Mounier , ni les chaleureuses acclamations des états du Dauphiné ; mais on entend le gai refrain de l'ouvrier entonnant des chansons en l'honneur de Mars ou de Bacchus , et les conversations animées des bonnes femmes racontant a leurs voisines , dans les longues