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             ÉTUDE SUR LA LANGUE DES HÉBREUX.                    403
dentielle, en ont reçu une ineffaçable empreinte. La majesté des
Ecritures m'étonne, disait J.-J. Rousseau, qui n'avait peut-être
pas senti qu'il y a dans les Écritures un hôte immense qui les
habite et les remplit de l'éclat de sa majesté; car de toutes les
forces qui meuvent le monde, de toutes les idées qui président
au développement de l'intelligence , nulle n'est plus majestueuse
et plus imposante que la pensée religieuse. Dieu , dont les voies
ne sont pas nos voies, et dont les pensées ne sont pas nos pen-
sées , a rencontré dans la pauvreté de cet idiome un instrument
digne de lui. A travers le vide et l'infirmité de la phrase hébraïque
sa propre parole apparaît avec plus d'avantage. Les richesses
matérielles du langage, en effet, portent avec elles je ne sais
quel ombrage qui nuit aux grandes pensées, et dans les beautés
même les plus naturelles d'un grand style, il y a une agitation hu-
maine qui se trahit : entendue loin des bruits terrestres, la parole
de Dieu agit avec plus de force et avec plus d'attrait. A ce point de
vue, je puis caractériser l'idiome de David et des prophètes par
ce trait du dernier apôtre de la synagogue mourante qui, terrassé
par la grâce , écrivait à ses frères les Hébreux : « Cette parole,
c'est une parole vive, plus pénétrante que le glaive, et qui va
jusqu'à la division de l'esprit et de l'âme , des jointures et des
moelles, des pensées et des intentions du cœur (Heb. îv, 12). »
   La nature et la dhinité furent donc les deux sources, les deux
principes d'inspiration du génie de la langue hébraïque. Quant
à la société , dont l'influence est si féconde et si puissante, elle
n'eut jamais aucune prise sur la pensée de ce peuple , ni sur son
idiome. Il repoussa toujours de son sein tout élément étranger.
L'ordre même de Dieu lui prescrivait de s'isoler des autres nations
de la terre. Sa force de concentration a été telle, qu'il a traversé
plusieurs civilisations sans s'y confondre et sans en rien accepter.
Quatre cents ans de séjour en Egypte, soixante ans de captivité
à Babylone n'ont pas entamé cette constitution métallique. Ce
qui paraît plus surprenant, c'est que la langue elle-même , cette
chose si mobile et qui est dans une perpétuelle fluidité, a par-
tagé ce privilège d'inaltérable solidité. Dix siècles entiers n'ont
pu ronger une seule lettre de cet idiome d'acier ; et de Moïse Ã