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                  DE GRIMOD DE LA. REYNIÈRE.                     255

tranquillement en France avec notre petite famille, et à l'abri des
orages. Je vous avoue que c'est le seul but de ma conduite en at-
tendant que la Parque vienne trancher le fil de ma végétation.
Car on ne peut plus donner le nom de vie aux jours que l'on
passe à présent : Gresset avoit dit très sensèmment : On ne vit
qu'à Paris et l'on végète ailleurs. On pourroit dire aujourd'hui
que l'on végète partout et même à Paris.
   Il y avoit un siècle que je n'avois fait des vers. La fête de ma
tante est arrivée le 10 juillet, il abien fallu la célébrer autrement
qu'en prose. J'ai fait à cette occasion quelques couplets sur l'air
du vaudeville de la Folle journée, qui ne valent pas grand chose,
mais qui ont réussi parce qu'ils peignent assez bien les goûts de
ma tante. Si vous desirez les joindre à la nombreuse collection de
mes mauvais vers, je vous les enverrai. Mais ce n'est pas le tout,
ma fête est arrivée le 10 Ar.guste, je n'y pensois point et je
croyois que ma tante ne le savoit seulement pas. J'elois donc le 9
à 8 heures et demie du soir, fort tranquille à lire dans ma cham-
bre , lorsqu'on est venu m'avertir que quelqu'un me demandoit
dans le corridor. Je sors et je me vois eutourré par les bras de
deux figures vêtues de noir, a-vee de longues barbes blanches ,
des cheveux de même couleur et des bonnets d'une forme ex-
traordinaire, de plus de deux pieds de haut. Ces figures que je
ne peux mieux comparer qu'à l'enchanteur Trufaldin dans Dom
Quichotte, m'enlèvent et me transportent dans le salon, que
je trouve éclairé d'un grand nombre de bougies. Ma tante pa-
roit fort effrayée de me voir arriver avec ce cortège. Sans me
permettre de faire une seule demande, on me place dans un
grand fauteuil, vis à vis d'une table chargée d'une corbeille de
fleurs, qui renfermoit les plus jolies choses du monde, le tout
accompagné de fort jolies devises. Puis, paroit une fée qui
chante des couplets, et ce qu'il y a de plaisant, c'est que les cou-
plets en mon honneur avoient été composés par moi même quel-
que temps auparavant, parce qu'on m'en avoit demandé pour
quelqu'un. Ensuite ma tante en chanta d'autres fort jolis, com-
posés par elle ; puis \int le souper. Au milieu de la table s'ele-
voit un superbe cochon de lait, animal fort prisé en ce pays.