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254                     LETTRES INÉDITES
plains , et vous devez être embarrassé de vos après midi. C'est
un vide qui se remplace difficilement, dans un temps surtout ou
les sociétés sont à peu près nulles et ou la promenade est inter-
dite. La dame Grassot est je crois toujours au théâtre des Ter-
reaux, on dit quelle y fait assez de plaisir, il n'y a rien de tel sur
le public que la persévérance , il s'accoutume à vous et finit par
trouver bon ce qu'il est forcé de voir tous les jours. Grande le-
çon pour les acteurs médiocres
    A Paris , les marcbandises sont tellement à meilleur compte
sur la province , que malgré la cherté énorme des voitures, il y
a encore un grand avantage à les faire venir. Je vous en cite un
exemple entre mille que je poiirrois vous offrir : la poudre à
poudrer fort grossière et fort mauvaise vaut ici en ce moment
de 12b à 150 livres. La poudre à poudrer superfine, purgée à
l'esprit de vin, vaut en ce moment, à Paris, 45 liv. poid de marc
plus fort de 20 pour cent que celui ci
    En 23 jours nous avons reçu un courrier de Paris pour Tou-
louse. Ce sont les gazettes du 16. Le Moniteur n'avoit qu'une
demi feuille, ce qui est un sur moyen de gagner à peu de frais
beaucoup d'argent. On le tire actuellement à 16,000. Ainsi en
 supprimant une demi feuille de chaque exemplaire, cela fait
pour un seul ordinaire de cette gazette , 16 rames de papier ga-
 gnées pour le libraire Panckoucke. Pour peu que ce petit manège
 se renouvelle souvent, il aura bientôt gagné le double sur le prix
de l'abonnement. En attendant il nous manque toujours 6 ordi-
naires du courrier de Paris, qui sans doute ont été arrêtés à Lyon.
 Cela est désolant pour moi, d'autant plus que l'un de ces cour-
 riers etoit, je crois chargé de 220 1. de remises et assignats pour
 mon compte et vous scavez que cela n'est point gracieux à per-
 dre. C'est une chose affreuse qu'on intercepte ainsi les courriers
 et les dépêches particulières qui n'ont rien à démêler avec la ré-
 volution. Autrefois les lettres particulières etoient toujours res-
 pectées au milieu des guerres les plus sanglantes, mais aujour-
 d'hui on ne respecte rien et les honnêtes gens payent pour les
 autres
  J'espère qu'un temps viendra enfin , ou nous pourrons vivre