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                        RÉTIF DE LA BRETONNE.                              527
comme dans un phalanstère ; le dogme de la métempsycose fait partie de
la religion des Mëgapatagons ; sur ce point, M. Pierre Leroux a été devancé
par Rétif; et, chose étonnante, la métempsycose est justifiée par les mêmes
arguments et presque dans les mêmes termes par l'auteur de la Découverte
australe et par l'auteur du livre de l'Humanité. Les idées cosmogoniques de
Rétif rappellent aussi celle de Fourrier qui s'en est peut-être inspiré. Dans
le système de Rétif la terre est la femelle du soleil, les planètes vivent et en-
gendrent d'autres planètes. Tout se meut et tourbillonne dans un vaste
panthéisme, vulgaire aujourd'hui, mais qui, en 1781, ne manquait ni d'au-
dace, ni d'originalité.
    Entr'autres singularités, Rétif n'omet jamais de donner à son lecteur un
échantillon de la langue des divers peuples-animaux que son héros visite.
Nous connaissons maintenant l'idiome des Mégapatagons, son peuple de pré-
dilection, mais il n'y entend pas malice, le bon Rétif; son procédé con-
siste à renverser dans les mots l'ordre des lettres. Il écrira ainsi nobles
étrangers: selbon sregnarte, e t , dans une note candide, il prie le lec-
teur de croire que celle langue n'est ni moins claire ni moins harmo-
nieuse que la française. Les hommes illustres chez les Mégapatagons sont
tout simplement les hommes illustres de Paris. Seulement, Rétif, au lieu de
dire Voltaire ou Rousseau dira : Vol-laûna, Roius-taâna. C'est de l'enfan-
tillage à l'état de système, comme on voit. Rétif est, en oulre, minutieux
dans ses prescriptions comme tout bon réformateur doit l'être, comme l'é-
tait Campanèlla, par exemple, qui dans sa Cite du Soleil a rédigé jusqu'aux
recettes médicales propres à chasser les migraines et les flaluosilts de son
peuple.
   Rétif exclut les théâtres de sa Patagonie, laquelle gît, dit-il finement, par
le 00 e degré de latitude sud. L'illustre Teugnil(Linguet), chef des Mégapata-
gons, déclare en effet que, n'ayant pas plus de temps qu'il ne leur en faut pour
goûter les vrais plaisirs, les habitants de cette lie ne s'en forgent pas de fac-
tices. Toutefois, le sujet était trop important pour que Rétif ne fut pas tenté
de rédiger un plan de législation théâtrale. Tel est l'objet du livre intitulé :
l.a Mimographe. Il repose en partie sur celte idée, que le danger des spectacles
provenant surtout des mœurs des comédiennes, c'est par cette réforme qu'il
faut commencer. On reconnaît là Rétif, le moraliste constamment en lutte
avec sa complexion amoureuse, qui a écrit celle phrase : quand je vois des
écrivains louer et citer le courage d'une femme, je dis: voilà des fous qui
louent un monstre. Rétif entreprend donc cette réforme à peu près par les
mêmes moyens auxquels il a eu recours dans les Gmographes, mais sans
pousser les choses à l'extrême, sans appeler à son aide là torture et la mort.