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DES LANGUES ANCIENNES. 489 ne sont pas nouveaux, les utopies contraires ne sont pas non plus des nouveautés bien originales, c'est un vieux legs du XVIIIe siècle. Quand on ressuscite autour de nous de vieilles erreurs, essayons de rajeunir les antiques vérités. Les glorieux effets du progrès des sciences naturelles et des sciences exactes éclatent de toutes parts dans la société moderne. Si l'homme semble avoir conquis la puissance de multiplier les heures et d'engendrer, pour ainsi dire, le temps, à force de ra- pidité, si l'abolition des distances établit un contact journalier, présage d'une intimité fraternelle entre des peuples jusque-là étrangers et hostiles, si la pensée se transmet au loin avec autant de vitesse que la lumière, si les métaux et les agents de la nature, asservis et façonnés en esclaves dociles et presque in- telligents, nous affranchissent déjà d'une part de nos labeurs, si l'on peut entrevoir dans l'avenir une époque où la durée moyenne du travail matériel étant abrégée par le travail des ma- chines, les hommes auront plus de temps à donner à la culture essentielle entre toutes, à celle de l'âme, ces magnifiques résul- tats de la civilisation moderne, c'est aux sciences que nous les devons. Qu'elles en soient flères et que la philosophie leur soit reconnaissante. Mais, à en juger par le langage, par toutes les habitudes intellectuelles de leurs adeptes, enfin par les préten- tions mêmes qu'elles ont émises jusqu'à la tribune nationale dans cette question de l'enseignement, n'est-on pas fondé à re- procher aux sciences, vis-à -vis des lettres, un peu d'intolérance et d'orgueil? Constatons aussi qu'indépendamment de ce qu'elles puisent d'exclusivisme dans leur propre nature, les influences qui prédominent dans la société depuis un siècle, sont venues singulièrement aider leur tendance à dominer l'éducation et tout le monde intellectuel, comme elles régnaient déjà dans le monde des intérêts. L'accession à la vie politique, des classes que la force des choses retient sous une préoccupation plus constante des be- soins matériels ; l'initiative que les révolutions ont donné à ces classes, l'accroissement du bien-être qu'elles ont trouvé pour un temps dans les progrès de l'industrie, toutes ces causes ont con-