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366 LES ANIMAUX EN RÉPUBLIQUE. Tous ces mots n'étaient qu'un mensonge, Et le bonheur promis par le trio divin, S'évanouissait comme un songe. Le loup trouvait juste et fort bon D'avaler un pauvre mouton ; Mais que, faute de mieux, il fût mangé lui-même Par un tigre, c'était une injustice extrême. Le coq gobait avec plaisir Le vermisseau sorti de terre ; Mais qu'un renard d'un coq pût oser se saisir, Oh '. c'était bien une autre affaire ! Et pas un citoyen qui ne se crût des droits Aux plus magnifiques emplois ; Pas un qui n'accusât l'injuste destinée. Ils se faisaient entre eux une guerre acharnée : Plus de plaisirs, plus de labeurs. Tout entiers occupés de la chose publique, L'abeille abandonnait ses fleurs, Le castor sa maison rustique. L'Etat se dépeuplait. Un Renard fin matois Courut trouver à la frontière Un prince à la longue crinière, Jeune Lion sorti de la race des rois. Ce Renard était plein d'adresse et d'éloquence : 11 crayonne à grands traits les malheurs du pays Et le triste état où l'ont mis De ses vainqueurs d'hier l'orgueil et l'impuissance. Pauvre pays, dit-il, où, l'avide intérêt Seul, ose encor parler en maître, Où tout autre culte est muet. Les rois en sont bannis et chacun voudrait l'être. On intrigue, on bataille, on ne veut rien céder : Le plus piètre carlin aspire à commander, Et le baudet lui-même hésite à se soumettre. En cent partis confus nos amis divisés Peuvent tout empêcher, mais ne peuvent rien faire.