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DE M. FLEURà RICHARD. 249 coup de mon couteau à palette dans la toile. M. David, surpris de cette brusquerie, me dit aussitôt : Votre composition laisse quelque chose à désirer , mais la pensée est bonne , et avec un léger changement vous en ferez quelque chose de bien. » Puis se tournant d'un autre côté, il aperçut mon second tableau, et il s'écria vivement : « Qu'est-ce que c'est que ça ? ce n'est pas de la peinture comme tout le monde la fait ! ça ne ressemble à per- sonne, c'est aussi nouveau d'effet que de couleur, la figure est charmante et pleine d'expression, et ce rideau vert, jeté devant cette fenêtre, fait une illusion complète ; voilà mon cher ce qu'il faut terminer , voilà le genre dans lequel vous devez réussir ! » Charmé d'un assentiment aussi empressé et d'un présage aussi flatteur, je me remis à l'œuvre avec une ardeur nouvelle, et Va- lentine de Milan obtint, au Salon suivant, un succès dû, sans doute, bien plus à la nouveauté du genre qu'au mérite de l'exé- cution. J'étais si loin de le prévoir, qu'un amateur m'ayant de- mandé quel prix je mettais à mon tableau, j'en demandai trente louis, il m'en donna quarante, et peu après il M porté à trois mille [francs en vente publique. Le succès de cet ouvrage fut si prodigieux, que le nom de Valentine en devint à la mode. Je me trouvai, dès lors, en relation avec des artistes et des sa- vants distingués. M. de Humbold, arrivant du Mexique, m'invita à voir ses cartes et ses dessins des Cordilières. Tous les Lyon- nais qui se trouvaient à Paris m'accablèrent de compliments. Les sociétés de Messieurs Delessert, Fulehiron et Récamier m'ac- cueillirent avec un empressement et une bienveillance dont j'étais confus. Madame Récamier me reçut dans l'intimité de sa famille, intimité due, sans doute, à ce que nous étions nés dans la même ville et dans la même année. Je fus aussi présenté à la belle Ma- dame Reynaud de Saint-Jean-d'Ângely et à la non moins belle et spirituelle duchesse d'Abrantès, avec qui je conservai d'aima- bles relations ; puis à la duchesse de Raguse, qui voulait un dessin de moi dans son album. Enfin, je ne pouvais suffire à l'empressement qu'on me témoignait. Madame de Staël, elle- même, disait devant mon tableau : « Richard avec sa Valentine s'est fait une réputation européenne, comme Lamartine avec ses