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180                    LA COUSINE BR1DGET.
 Si la beauté, l'éclat, la richesse, les liens du sang, si tout cela
 m'eût repoussée, j'aurais recherché le cœur, le cœur bon et
 aimant, jusque sous l'écorce la plus grossière, — parmi les
 étrangers,— partout où j'aurais pu espérer de le rencontrer.
    Chère cousine Bridget, pardonnez-moi ce que je vais dire ;
 mais vous ne préveniez pas en votre faveur quand j'arrivai ic»
 pour la première fois. Pourtant, j'étais déterminée à découvrir le
 bien, que je savais devoir trouver à force de le chercher — et
je l'ai trouvé, chère cousine Bridget, car je vous aime beau-
 coup.
    Et Minna, se levant de sa chaise basse, approcha son doux et
beau visage de celui de sa cousine, qui l'embrassa tendrement.
 Toutes deux restèrent silencieuses pendant quelque temps, car les
 cœurs pleins ne peuvent parler.
    Et maintenant que vous m'avez dit une histoire, chère cousine,
 dit enfin Minnaj'en ai une petite à vous conter à mon tour,laquelle,
je suis sûre, vous intéressera, tellement elle ressemble à la vôtre.
 Je connais une femme qui a deux enfants dans la même position
 que votre sœur et vous: l'une aimée, gâtée et jolie; l'autre
 négligée et qui ne trouve pour elle que de la répulsion. Pourtant
 elle serait jolie aussi, si ses yeux étaient moins rouges de larmes,
son esprit moins abattu, ce qui donne une expression de tristesse
et d'accablement à ses traits, d'ailleurs agréables. J'admets qu'elle
soit sotte et ennuyeuse; mais elle a un cœur bon et excellent,
joint à un caractère bon aussi. Cela, je l'ai découvert, car je
cherche le bien dans chaque être humain, comme l'or dans une
mine. Maintenant que j'en aï trouvé dans cette fille, je suis
désireuse de lui rendre service, désireuse de lui trouver une
place à Londres, afin de la soustraire aux traitements ineptes de
sa mère et au contraste, pénible pour elle, je le sais, qui existe
entre les deux sœurs.
  Ma bonne et charitable Hester — à qui je dois, à ce que je
vois, des obligations plus grandes encore que je ne le soupçon-
nais — est gouvernante dans une maison de Londres et prendrait
volontiers la pauvre Jane en qualité de fille de cuisine ; mais je
ne puis lui adresser celle-ci sans recourir à un appui qui ne m'a